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Quelques URL sur Pondichéry : Fragments d'histoire... PONDICHERY ou PONTICHERY, (Géog. mod.) Ville détruite des Indes orientales, sur la côte de Coromandel, à la bande de l'est de la presqu'île des Indes, en - deçà du Gange. Cette ville étoit grande, fortifiée régulierement, & avoit ses rues tirées au cordeau. Les maisons des Européens y étoient bâties de brique, & celle des Indiens de terre enduite de chaux. Pondichery étoit le plus bel établissement qu'ait eu aux Indes orientales la compagnie françoise; cet établissement ne contenoit pas seulement les marchandises que fournit la côte de Coromandel, il servoit aussi d'entrepôt pour toutes celles qui s'enlevent de Bengale, de Surate, & de toute la côte de Malabar. Les marchandises qui se fabriquoient à Pondichery même, étoient des toiles de coton blanches : les toiles peintes qui s'y vendoient, se tiroient de Masulipatan, & en portent le nom; celles qu'on y tiroit d'ailleurs, étoient des étoffes de soie, des mouchoirs de coton. (Notice de l'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de Lettres (1751-1772)
La richesse de l'Inde dans le Journal d'Ananda Ranga Pillai : "M Duquesne écrit qu'il y a beaucoup de temples à Tanjore et que les rues, les routes, les bois et la fertilité générale dépassent ce que nous avons en Europe. Est-ce une si belle région que ça ?" La rencontre avec les Européens La fortune a, dit-on, des temples à Surate.
L'histoire des compagnies des Indes est représentative des transformations structurelles de l'Occident des Temps modernes quand les Découvertes et le développement des échanges font éclater les coutures de l'ordre féodal (la trifonctionnalité européenne : oratores, bellatores, laboratores). Cette mutation est économique, religieuse, culturelle et scientifique. A l'origine des Bourses de valeurs d'aujourd'hui, les compagnies des Indes sont le prototype des sociétés par actions. Elles expriment la montée en puissance du Tiers ordre. Cette mutation économique modifie aussi la configuration de la foi. La religion réformée nest pas seulement la religion des marchands, cest celle dans laquelle le clergé cesse, non seulement dêtre le premier des trois ordres, mais cesse dêtre un ordre ("Tout baptisé peut se vanter d'être consacré prêtre, evêque et pape..., prononce Luther). Clé de voûte et légitimité de la trifonctionnalité, lEglise est attaquée dans son dogme et dans son rôle social. La péremption de l'opposition entre "spirituels" et "temporels", désacralisation du métier de prêtre, vaut aussi infirmation de la valeur opératoire des symboles et déplacement du champ du religieux vers la sphère de l'activité mondaine. De fait, les lignes deviennent perméables : le commerce maritime ne déroge pas, les bourgeois prennent terre et certains ordres religieux se mettent au commerce et à la banque. L'aventure économique des compagnies de commerce se soutient d'avancées scientifiques et techniques qui en ont permis permet la réalisation. Cette histoire est aussi l'histoire d'une mutation liée à la représentation et à la mesure du monde dans laquelle les considérations mercantiles (au sens que ce mot reçoit aujourd'hui) et le développement de la connaissance scientifique vont de conserve. Le modèle de la compagnie de commerce est hollandais, puis anglais ; le Danemark, la France, le Saint empire germanique, la Suède suivent. Son caractère propre tient dans l'investissement des princes ou des États dans leur création et dans leur fonctionnement. "Il semble qu'il n'y ait pas deux caractères plus incompatibles que celui du marchand et celui de souverain", écrit Adam Smith. C'est pourtant cet acteur paradoxal qui est à l'origine du capitalisme des Temps modernes. Préfiguration de l'État-marchand dont la fin est de garantir "l'exercice de la marchandise" selon la formule de Descartes à Guez de Balzac, à propos d'Amtersdam : où il n'y a "aucun homme, excepté moi, qui nexerce la marchandise" - 5 mai 1631. ![]() Comptoir de la Compagnie des Indes à Londres, 1846. ![]() Charles II et Catherine de Braganza, 1670 la devise proclame : DIFFVSVS IN ORBE BRITANNVS
Canon aux armes de la Vereenidge Oost Indische Compagnie, chambre dAmsterdam Privilège de la Compagnie de Suède, 1731 L'aventure maritime a pour objet le contrôle du commerce des produits d'Asie. Après la chute de Constantinople (1453), les produits de lOrient arrivent en Occident par la mer Rouge et lEgypte. Locéan Indien est alors le lieu d'échanges reliant la Chine, la Malaisie, l'Inde, la péninsule arabique et l'Afrique de l'Est. Malacca et Ormuz sont les deux principaux pôles de cette activité maritime rythmée par le régime des moussons. Si le doublement du Cap de Bonne Espérance a pour conséquence, au plan européen, la prise de contrôle de ce commerce par le Portugal au détriment de Venise, ses conséquences sont aussi régionales et mondiales. L'arrivée des Portugais dans l'océan Indien va bouleverser les échanges régionaux et mettre en relation les "deux Indes", l'argent du Nouveau monde servant à l'acquisition des productions de l'Orient. Les compagnies des Indes orientales, en effet, achètent, à Cadix, Amsterdam ou Bayonne, le métal provenant des Amériques pour acquérir les biens qu'elles importent en Europe. "L'Inde, a pu dire un contemporain, est le tombeau de l'argent."
Découvert en 1545, le site minier de Potosí, avec sa Casa de la Moneda où était frappé l'argent, fut le plus vaste complexe industriel du XVIe siècle. En 1610, la ville, aujourd'hui inscrite au patrimoine mondial de l'humanité, comptait 160 000 habitants. D'après Alexander von Humboldt (Essai politique sur le royaume de la Nouvelle Espagne, tome quatrième, 1811, p. 172-173), "la montagne du Potosi a fourni à elle seule, en ne comptant que l'argent dont on n'a payé les droits royaux, depuis sa découverte en 1545 jusqu'à nos jours, une masse d'argent qui équivaut à 5 750 millions de livres tournois". On estime aujourd'hui que 45 000 tonnes dargent ont été extraites du Cerro Rico durant la colonisation espagnole. A la fin du XVIe siècle la production du Pérou représentait la moitié de la production mondiale (la technique de l'amalgame utilisée, du mercure ayant été découvert dans les Andes, permettait une exploitation plus complète du minerai l'argent est dissous dans le mercure, éliminé par distillation). Chaque année une flotte rentrait en Espagne chargée des métaux précieux (et des marchandises apportées par le "galion de Manille").
Laventure maritime par le Cap de Bonne Espérance est dabord portugaise. Elle associe l'exploration et la recherche de biens précieux. La progression des navigateurs portugais vers le sud est marquée par des installations permanentes à visée commerciale, l'or, l'ivoire et les esclaves constituant les biens traités. En 1488, le doublement du Cap des Tempêtes, devenu le Cap de Bonne Espérance, ouvre la route des épices. Les "trésors" du Portugal, dont le "Royaume n'est qu'une des plus petites et plus stériles parties de l'Europe", "c'est à ses heureux Navigateurs" qu'elle les doit (Histoire générale et particuliere des Finances, du Fresne de Francheville, 1738, p. 9, dans l'"Histoire de la Compagnie des Indes avec les titres de ses Concessions et Priviléges"). La supériorité navale des portugais leur permet de contrôler rapidement les routes maritimes de l'océan Indien. Ils prennent possession de Goa (où Albuquerque est acclamé par la population hindoue), s'installent à Ormuz, puis à Malacca (1511). C'est une thalassocratie qui se met en place. D'après Haudrère (2006, p. 93), "depuis l'ouverture de la route du Cap [...] durant trois siècles, 10 000 à 11 000 vaisseaux européens furent envoyés dans l'océan Indien et en mer de Chine". Cette prééminence des marines occidentales est un trait constant de l'expansion coloniale en Orient. "Quiconque est maître de la mer a ung grand pouvoyr sur la terre" (Isaac de Razilly). L'armement des navires de commerce arabes, goudjeratis ou chinois est limité par leur mode de construction et l'empire de la mer ne paraît pas constituer un objet politique pour les puissances en cause. Comme l'exprime justement Bahadur Shah : "Les batailles navales sont des affaires de marchands, elles n'ajoutent rien à la gloire des rois" (cité par Haudrère, 2006, p. 24). Le "seigneur Cercam" écrit Bellanger de Lespinay dans ses Mémoires, apprécie peu les Hollandais comparés aux "François [...] peuples fort belliqueux et gouvernez par un puissant monarque [...] au contraire des Hollandois [qui] n'estoient que des marchands" (p. 240). Évolution caractéristique des Temps modernes : c'est par la maîtrise de la mer que la gloire des marchands va supplanter celle des rois la concurrence des nations européennes s'exprimant d'ailleurs dans la confrontation de leurs marines. La philosophie des compagnies de commerce, c'est évidemment celle du profit. "Il n'y a rien au monde de plus efficace, dira le gouverneur hollandais Jan Pieterszoon Coen, que la puissance et la force ajoutées au droit", démontrant la détermination des marchands avec le massacre de Djakarta. Le métier des affaires se subordonne les autres : la compagnie anglaise déclare toujours préférer "un marchand peu expérimenté en navigation à un navigateur peu habitué au commerce" (cité par Haudrère, 2006, p. 61) et La Bourdonnais rappelle "la nécessité pour la Compagnie d'avoir des employéz aussi intelligents que fidèles [...] [et] mal pour mal [dans la difficulté de les trouver ensemble] estime que "mieux vaut être exposé à l'intelligence de son employé qu'à la merci d'une fidélité ignorante" (L. p. 24). Le mémoire de Georges Roques, employé de la Compagnie des Indes et familier des métiers du textile, La manière de négocier aux Indes, 1676-1691, témoigne des particularités du négoce en Orient. L'art de faire du profit n'est pas seulement une industrie à part entière, c'est, déplacement des valeurs significatif du temps, un état qui le dispute en dignité à tous les autres et en particulier à la noblesse : "Permettez-moi de vous dire, argumente la revue le Spectator (qui paraît de 1711-1714) que nous autres marchands, nous sommes une espèce de noblesse qui a poussé dans le monde au siècle dernier [...] Car vos affaires [à vous, les nobles], en vérité, ne s'étendent pas plus loin qu'une charretée de foin ou qu'un buf gras [...] Il est parfaitement exact qu'un marchand accompli est ce qu'il y a de mieux comme gentilhomme dans la nation". (n° 174, cité par Paul Hazard, 1961, p. 308) Le sens de l'honneur a changé de camp : "les duels, philosophera Emmanuel Kant dans ses Observations sur le sentiment du beau et du sublime, misérables restes des fausses idées que [la chevalerie] se faisait de l'honneur, sont des sottises"...
Espagne et Portugal Le 21 mai 1498, la flotte de Vasco de Gama arrive à Calicut, quarante navires arabes sont au mouillage dans la rade et les Portugais sont éblouis par les richesses de la ville. Voyage de Vasco de Gama, la relation du premier voyage aux Indes (1497-1499) "De cette région de Calicut, appelée l'Inde Supérieure, viennent les épices qu'on consomme en Occident et dans le Levant, ainsi qu'au Portugal et même dans tous les pays du monde. De la ville de Calicut viennent aussi beaucoup de pierres précieuses de toutes sortes. Cette même ville produit, de sa propre récolte, les épices suivantes : beaucoup de gingembre, poivre, cannelle, bien que celle-ci ne soit pas aussi fine que celle d'une île appelée Ceylan (Cillam) qui est à huit journées de Calicut. Toute cette cannelle aboutit à cette ville de Calicut. Il y a aussi une île appelée Malacca (Mellequa) de laquelle cette ville reçoit le clou de girofle. Les nefs de la Mecque y chagent les épices qu'elles transportent à une ville de la Mecque appelée Djedda (Judea). Partant de cette île [Malacca], ils mettent cinquante jours vent en poupe, car les nefs de ce pays ne naviguent pas à la bouline. Là ils déchargent et ils paient ses droits au Grand Sultan [du Caire]. Puis ils embarquent leur cargaison sur des navires plus petits, et la transportent par la mer Rouge jusqu'à un endroit situé près de Sainte-Catherine du mont Sinaï appelé Tur [At-Tur], et ils y paient encore un autre droit. Là ces marchands chargent les épices sur des chameaux qu'ils louent pour quatre cruzados par chameau, et ils les transportent au Caire en dix jours. Ils y paient un autre droit. Ils sont souvent, sur la route du Caire, attaqués par les voleurs qu'il y a dans ce pays [...] La maîtrise de la mer confère pour un siècle au Portugal le monopole sur le commerce asiatique. Mais ce monopole allait être contourné par les marins et les marchands hollandais et anglais, qui s'étaient ouvert une route vers l'Asie. En 1602, deux marchands néerlandais sont pendus par les autorités portugaises de Goa pour avoir tenté d'acheter du poivre. Les Britanniques fondent une East India Company en 1600, les Pays-Bas la Vereenigde Oostindische Compagnie (Compagnie unifiée pour le commerce des Indes orientales), en 1602, le Danemark en 1616, la France en 1664
L'Europe est en concurrence pour le commerce aux Indes. C'est la fiancée autour de laquelle nous dansons, selon la formule des directeurs de la Compagnie hollandaise (citée par Philippe Haudrère, 1991 : 20). La mesure du monde et la navigation Les desseins maritimes de Colbert, qui s'expriment dans la création de compagnies commerciales et dans une politique coloniale réglée, concernent aussi l'hydrographie. Colbert commande à l'Académie des sciences (créée en 1666) une réflexion sur les méthodes de la cartographie, préalable à la réalisation du Neptune françois, premier atlas français entièrement dédié à la marine qui sera publié en 1693. Après la création de l'Observatoire de Paris en 1667, dirigé par Jean-Dominique Cassini, cet atlas bénéficiera de relevés par triangulation et du progrès des instruments de mesure. Le 21 avril 1670, Colbert écrit à Colbert de Terron : "Il faut penser à faire des cartes marines de tous nos voyages, afin de nous tirer une fois de la nécessité de passer par les mains des Hollandois, et de rendre plus correct ce qu'ils ont fait jusqu'à présent" (Jean-Baptiste Colbert, Lettres, instructions et mémoires III, 2ième partie, Pierre Clément (éd.), Paris 1865, p. 482). Et, le 18 août 1670 : "Il faut bien prendre garde de tirer de toutes nos navigations et des journaux qui sont tenus, des connoissances exactes et fidèles, pour tous ceux qui auront à faire les mêmes voyages, et mesme il faudra s'en servir pour composer des cartes marines" (op. cit. 1ère partie, 1864, p. 264). Cassini rédige en 1693 une Instruction générale pour les observations géographiques et astronomiques à faire dans les voyages. L'Académie des sciences envoie des expéditions pour déterminer les positions géographiques par la méthode astronomique. Voyageurs et missionnaires sont formés à l'Observatoire pour être en mesure d'effectuer de tels relevés. Les informations ainsi collectées sont reportées sur le "Parterre géographique" de l'Observatoire, présenté au roi en 1682 (voir illustration). L'intention de ce planisphère de vingt-quatre pieds de diamètre est de réunir l'ensemble des mesures scientifiques aussitôt qu'elles sont disponibles. Lorsqu'en août 1690 le roi Jacques II d'Angleterre, en exil au chateau de Saint-Germain, visite l'Observatoire, le parterre a enregistré les observations faites à Gorée, aux Antilles, au Cap de Bonne Espérance et au Siam. Le dessin de ce planisphère, gravé par Cassini en 1694, a été reproduit par plusieurs auteurs.
Le "Parterre géographique" de Cassini La carte scientifique adapte, avec les outils de l'astronomie moderne, le précepte de Ptolémée : "La géographie partage la Terre selon les cercles du Ciel". A la différence de la carte à dimension humaine, du type de la carte du monde connue sous le nom de table de Peutinger (version actualisée vers 350 de la carte de Marcus Vipsanius Agrippa), ou du portulan ou des plans de métro d'aujourd'hui où la lisibilité se subordonne l'échelle dont la finalité est d'arriver au but quelle que soit l'objectivité de la représentation, la carte moderne rompt non seulement avec l'orographie mais avec l'esthétisme de la représentation. La comparaison avec le globe terrestre de Coronelli, daté de 1683, aboutissement d'un art baroque où la représentation des espaces lointains mêle à l'information géographique allégories, animaux fabuleux et murs exotiques montre une évidente rupture épistémologique. Bien que Coronelli ait porté sur son globe les résultats des dernières explorations (concernant le cours du Mississipi ou le détroit de Magellan, par exemple), sa carte qui, dans les six cents inscriptions et cartouches qu'elle porte fait preuve d'un souci encyclopédique, se caractérise par son esthétique, son apparat et sa vision mercantiliste. Les richesses des Indes, orientales et occidentales, sont illustrées dans des cartouches : la pêche aux perles, la cannelle de Ceylan, les mines du Nouveau-Mexique ; la pêche à la baleine et la fabrication du sucre. Si certaines régions sont inhospitalières et si les scènes d'anthropophagie du Brésil sont de rigueur, la représentation dominante est celle d'un monde d'échanges matérialisé par l'illustration des productions des différentes contrées et de la navigation océanique.
Détail du globe terrestre de Coronelli Les textes sont rédigés par François Charpentier, auteur du Discours d'un fidèle sujet du roi touchant l'établissement d'une compagnie française pour le commerce des Indes orientales (1664) (voir : La Compagnie Française des Indes Orientales de 1664). Charpentier est aussi l'auteur du Traité de la peinture parlante, Explication des tableaux de la Galerie de Versailles (1684) et l'uvre de Coronelli, qui a recours aux peintres les plus talentueux (Jean-Baptiste Corneille et peut-être Charles Le Brun), est précisément une mise en argument des richesses d'un monde ouvert à l'expansion commerciale. C'est la version idéologique de la Découverte et de la colonisation, mettant en scène les communs de la culture européenne.
Détail du globe terrestre de Coronelli :
Détail du globe terrestre de Coronelli "Ferdinand, roi d'Espagne, obtint du pape Alexandre VI, la donation des terres que Christophe Colomb avait découvert par ses ordres, et qu'il pourrait encore découvrir. La bulle est du 12 mai 1493, elle porte que toutes les terres qui seront de 100 lieues plus occidentales que le méridien qui passe par les îles du cap Vert, appartiendraient à perpétuité aux rois de Castille. Don Juan II, roi de Portugal en fit ses plaintes au roi Ferdinand qui se trouva à Tordesilas en Castille, fondé sur la concession que les papes Nicolas VI en 1454, Calixte III en 1456 et Sixte IV en 1481, avaient fait aux Portugais des îles, ports, terres et mers qu'ils avaient découverts et qu'ils pourraient découvrir au-delà des caps de Non et Bayador. Les commissaires nommés de la part de ces 2 rois, firent le 7 juin 1494 le fameux traité de Tordesillas qui porte que la ligne de séparation qu'ils appellent ligne de démarcation serait 370 lieues plus occidentale que le méridien du cap Vert. Le différend survenu depuis pour les îles des Moluques fut terminé par la session que le roi Charles V en fit pour une somme d'argent au roi de Portugal Juan III en janvier 168 [...]." Ce point d'histoire et de géopolitique est d'importance. Dans le partage du monde, Louis XIV, parfois représenté tenant un globe, donne corps, à plus d'un siècle de distance, à la réplique de François 1er à l'émissaire de Charles Quint à propos des ambitions françaises en Amérique : "Le soleil luit pour moi comme pour les autres ; je voudrais bien voir la clause du testament d'Adam qui m'exclut du partage du monde (le cardinal de Tolède à Charles-Quint, 27 janvier 1541, archiv. de Simancas, Estado Portugal, legajo 372, fol. 333). Les données les plus récentes portées sur le globe terrestre de Coronelli soutiennent un projet de colonisation du Mississipi et de la Floride (Pelletier, 1982, p. 83) Une récompense royale était offerte à qui percerait le "secret de la longitude". Parmi d'autres inventeurs, en mai 1668, un certain "Sr André Reusner de Neystett allemand de nation cy devant Colonnel d'un Regiment Suedois", qui prétend avoir fait cette découverte, se voir ainsi proposer une dotation de cent mille livres, sous réserve qu'il fasse la démonstration de sa découverte aux commissaires nommés par le roi qui ne seront pas convaincus (Huygens Christiaan, uvres complètes, Tome XXII. Supplément à la correspondance, p. 219 et s. Martinus Nijhoff, Den Haag, 1950). Le problème est de savoir l'heure à un instant T en deux points du globe dont on veut déterminer la différence en longitude. L'écart en longitude entre ces deux points, à raison de quatre minutes par degré (vitesse angulaire de la rotation terrestre) est exprimé par leur différence temporelle (temps vrai/temps local). L'observation des satellites de Jupiter, pris comme référence universelle, a pu servir de base à un tel calcul (qui suppose l'élaboration de tables), de principe simple mais d'application difficile. Le problème ne sera résolu qu'avec l'invention des montres marines, au milieu du XVIIIe siècle. C'est donc d'une entreprise collective qu'il s'agit, où scientifiques et navigateurs, scientifiques explorateurs et navigateurs éclairés collaborent. "C'est aux navigateurs à suppléer les astronomes, écrit l'officier de marine et hydrographe Fleurieu, c'est à eux seuls, c'est à ceux qui se sont voués au métier de la mer, qu'il appartient de fixer les limites de l'Océan, de déterminer l'étendue et le gisement des continents, de placer les îles, de dessiner le Globe" (cité par Pastourau, p. 34) A la différence du globe de Coronelli qui déploie un savoir encyclopédique arrêté à la gloire d'un seul, c'est une uvre en progrès "pour laquelle, explique Jacques-Nicolas Bellin, premier ingénieur hydrographe de la marine, il faut des secours extraordinaires qu'un particulier n'est pas en état de se procurer ; le Ministre seul peut les donner. Et ce n'est que dans un dépôt tel que celui des cartes, plans et journaux de la Marine qu'on peut rassembler tous les matériaux nécessaires à une pareille entreprise" (Jacques-Nicolas Bellin, 1737-1767, p. 1-2). Entreprise collective au service d'un projet commun, idéalement indifférent aux appartenances nationales : "dessiner le Globe". Jean-Baptiste d'Après de Manevillette, auteur du Neptune oriental, est précisément de ces marins éclairés alliant la connaissance des mers à la science hydrographique. Labbé Dicquemare, de lAcadémie royale des sciences écrira : "Si le savant et laborieux auteur du routier des Indes, du Neptune Oriental [...] eût négligé lastronomie, combien lhydrographie française ny aurait-elle pas perdu ? Cest ainsi quun navigateur éclairé, quun capitaine zélé peut, sans que cela influe sur son commerce, devenir lhonneur de sa patrie et ladmiration des étrangers" (Idée générale de lAstronomie, 1764). D'Après entre au service de la Compagnie des Indes en 1724. Né en 1707, il a suivi son père en 1720, capitaine de la Compagnie à Pondichéry. De passage à Saint-Denis, il rectifie la position de l'île Bourbon grâce à l'observation des satellites de Jupiter. Il réunit cartes et journaux concernant la navigation dans l'océan Indien et publie ses travaux en 1745, offerts à la Compagnie des Indes qui, en 1762, lui confiera son dépôt de cartes, de plans et de journaux de bord. C'est un ouvrage sans cesse repris et perfectionné. L'Histoire de l'Académie royale des sciences (1764, p. 161-163 ) rend compte du second supplément de Neptune dont un des principaux articles est "l'histoire des vents alizés ou réguliers" et qui contient "un routier très-détaillé de la navigation aux îles de France et de Bourbon" dont l'Académie annonce la publication "dans le cinquième volume des Mémoires qui lui ont été présentés". La seconde édition du Neptune oriental, en 1775, prend en compte toutes les nouvelles mesures disponibles. Exercice à la fois "savant et laborieux" dont d'Après témoigne, par exemple, quand il rapporte, dans son Mémoire sur la navigation de France aux Indes (édition de 1768) : "Après avoir examiné avec soin plus de deux cent cinquante Journaux de Navigation [...] il m'a paru..." (p. 4-5) ou encore : "Les Navigateurs ne devroient pas ignorer que les Cartes ont cela de commun avec les Dictionnaires, que les dernières éditions sont réputées êtres les plus correctes" (p. 11). C'est une étude systématique, exhaustive et mise à jour que livre la seconde édition du Neptune. Avec ses "Instructions nautiques" touchant les vents, les courants, les saisons et les rafraîchissements... cet ouvrage a permis une navigation plus rapide et plus assurée. Rencontre de la science et de l'intérêt. L'ouvrage est en ligne à l'URL : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr Les navires quittent donc Lorient, port d'armement de la Compagnie, entre décembre et mars avec les conditions difficiles du Golfe de Gascogne ; après trois semaines un mois : escale de quatre ou cinq jours à Gorée ou dans une île du Cap vert ; crochet vers l'ouest pour éviter les vents contraires des alizés ; après le 30° parallèle, au voisinage de l'île de la Trinité, on pénètre dans la zone des vents dominants d'ouest. Le passage du Cap de Bonne Espérance se fait très au large. Après trois ou quatre mois de navigation, le scorbut commence à produire son effet. Escale à l'Ile de France ou Bourbon, de trois ou quatre semaines. Six semaines, depuis les Mascareignes pour gagner l'Asie et quatre ou cinq mois de navigation depuis Lorient (Haudrère, 1993 : 47-50). Références (à compléter) : Bellanger de Lespinay, 1895, Mémoires de L. A. Bellanger de Lespinay, Vendomois, sur son voyage aux Indes Orientales (1670-1675), publiés sur le manuscrit original et annotés par Henri Froidevaux.Vendôme. Robert Challe, Journal d'un voyage fait aux Indes orientales, II, Août 1690 - août 1691 Du samedi 12 août 1690 Le vieux Pondichéry "Au début du XVIIe siècle, les Danois s'étaient, pour y faire le commerce des toiles, établis dans l'Inde d'abord à Tranquebar (vers 1618), puis à Pondichéry. Bien que nous n'ayons aucune certitude sur la date de leur arrivée dans ce dernier lieu, ni sur celle de leur départ, l'existence de l'un de leurs comptoirs nous y est formellement certifiée par les Mémoires de François Martin. "Les Danois y ont pourtant été établis, on y voit encore les restes d'une maison qu'ils y ont fait bâtir. Je n'ai pas su les raisons qui les ont portés à s'en retirer." [...] En 1654, Samson d'Abbeville, géographe ordinaire du roi, mentionne dans son ouvrage "Puducheira". En 1658, le Hollandais Gautier Schouten parle de "Poule-Céré". Toutes ces appellations désignent chaque fois nettement ce même coin de la côte de Coromandel, où les indigènes travaillaient à la fabrication de toiles. Nul doute qu'après le départ des Danois ils n'aient souhaité la venue d'un nouvel agent européen, qui pût leur servir d'intermédiaire pour le commerce avec l'Occident. Leurs maîtres successifs, Hindous d'abord, Musulmans ensuite, firent en 1661 et en 1664 diverses tentatives pour attirer les Hollandais. 4 février 1673 : installation officielle des Français à Pondichéry. (11) En 1683, chargement à Pondi du premier navire arrivant directement de France, le Saint François d'Assise : assortiment de guinées, bétilles et salempoures, toiles de consommation courante en France. (27) Présentation : Planches : Galeries : |
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