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4 Éléments d'Ethnographie Indienne (en cours)



Mots clés : Inde védique Sacrifice Ethnomathématiques

Champs : Anthropologie religieuse Ethnographie villageoise Route des Indes



1- Note sur l'acte sacrificiel dans l'Inde ancienne

2- L'aigle et le serpent

3- Rues de Pondichéry


anthropologieenligne.com : unité de l’homme et diversité des cultures

Statue de Mahé de La Bourdonnais. Sculpture en bronze, Saint-Denis de la Réunion, 1853.
(Œuvre du sculpteur Louis Rochet, inaugurée le 15 août 1856).


Le négoce des produits asiatiques a donné naissance à des sociétés commerciales d'État, les compagnies des Indes, au statut plus ou moins hybride selon l'intervention de la puissance publique dans leur activité, bénéficiant, pour la compagnie française, du droit de fief, du droit d'administrer la justice et de battre monnaie.

L'article XXVIII de la "Déclaration du Roi portant Etablissement d'une Compagnie pour le commerce des Indes orientales" (août 1664) stipule :
"Appartiendra à la dite Compagnie à perpétuité, en toute propriété, Justice et Seigneurie, toutes les terres, Places et Isles qu'elle pourra conquérir sur nos ennemis, ou qu'elle pourra occuper; soit qu'elles soient abandonnées, désertes ou occupées par les Barbares, avec tous droits de Seigneurie sur les mines, minières d'or et d'argent, cuivre et plomb et tous autres minéraux, même le droit d'esclavage et autres droits utiles qui pourroient nous appartenir à cause de la souveraineté desdits Pays".

Ces compagnies ont le monopole de l'armement et du commerce, privilège qui apparaît comme une sécurité répondant à l'importance de l'investissement requis, la durée d'immobilisation des capitaux, la fortune de mer et les aléas commerciaux. La Vereenidge Oost Indische Compagnie, hollandaise (V.O.C.), créée en 1602, réunit par souscription publique un capital de 6 300 000 florins, réparti en 2 200 actions. La Compagnie des Indes française sera de ce type. La disposition d'un capital important permettait la mise en place d'installations fixes et l'organisation d'un commerce régulier. Chaque compagnie dispose de loges ou de comptoirs, dont Labernadie donne la définition, tirée d'"un mémoire sur l'Inde en 1753 : 'Comptoir signifiant un endroit dont on a la propriété et loge n'étant autre chose qu'une maison de commerce dans une ville ou tout autre terrain dont on n'a pas la propriété'". (59) Pondichéry jouit ainsi de revenus d'impôts, de droits d'entrée et d'affermage, mais constitue surtout une interface fonctionnelle (qui va de la conception urbanistique au droit de battre monnaie) entre la production locale et régionale et la demande européenne.

Une "économie au service du Prince", tel est le "mercantilisme" dans la définition d'Adam Smith. La planification étatique y prend le relais du capitalisme, individuel ou par actions, contrôlant des associés où s'engagent grands négociants, personnages de l'État, le roi lui-même...

Un commerce "monstrueux" ?

Une différence notoire avec l'aventure malgache décrite et commentée par François Martin : les biens manufacturés ne sont plus le fait des occidentaux : ils achètent, mais ils n'ont pas ou peu à offrir en échange. Le commerce aux Indes est presque à sens unique, il mobilise sans retour les moyens monétaires des européens. "L'Inde est le tombeau de l'or et de l'argent" (Bernier, voyageur français, médecin à la cour du Grand Moghol, Aureng-Zeb).

C'est ce commerce "monstrueux" qui ressort du "parallèle à faire entre l'écoulement d'un milliard dans le gouffre d'Asie depuis plus d'un siècle et le chétif résultat d'un débouché de quelques centaines de mille livres qu'obtiennent aujourd'hui les produits de notre sol et de notre industrie." (A. Arnould, De la balance du commerce de la France, 1791, p. 270, cité par Haudrère, 1993 : 45) La matière échangée contre les biens manufacturés, en effet, est l'argent. "Ce commerce n'est pas un commerce d'échange, ou ne l'est que dans une proportion inégale". L'argent et l'or viennent des colonies espagnoles d'Amérique. Les piastres sont achetées à Cadix, à Amsterdam ou à Bayonne, alimentée par la contrebande. La quantité de métaux précieux ainsi exportés vers l'Inde par les français est estimée à trois ou quatre mille tonnes pour le XVIIIe siècle. (Haudrère, 1993)

Mahé de la Bourdonnais, dans une lettre de 1733 à Peyrenc de Moras, commissaire du roi auprès de la Compagnie des Indes, (Les Français dans l'Océan indien au XVIIIe siècle, Labourdonnais et Rostaing, Les Indes Savantes, Paris 2004) :

"Si c'est un mal nécessaire aux compagnies de tirer l'argent de leur pays pour leur commerce des Indes, ce leur doit être une obligation indispensable de rechercher un remède à ce mal. ["Car ce n'est pas nous seuls qui donnons le branle à cette affaire, les Anglais, les Hollandais, les Portugais, les Danois, Manille, Moka, Perse, tous apportent de l'argent dan l'Hindoustan." (L. p. 23)] Il n'y en a point d'autre que de favoriser un grand commerce aux Indes qui, en enrichissant les particuliers, fasse entrer dans le Royaume une partie des fonds que l'on est contraint d'en tirer. L'exemple nous en est donné par les Hollandais et le Anglais. (L. 15)

L'ambigüité de statut et d'objet de la Cie ; ses conséquences.
L.B. (son plaidoyer en défense, alors qu'il est emprisonné à la Bastille.)

L'incurie de la Compagnie : "quant à cette Compagnie qui ne sut jamais faire ni la guerre, ni la paix, ni le commerce ; qui était toujours divisée et qui toujours persécuta ceux qui lui donnèrent quelque éclat; après la perte de ces deux hommes illustres, elle n'eut plus qu'une ombre d'existence qui bientôt s'évanouit." (l'éditeur des M. de LB 210, pt-fils de LB)

"La nécessité pour la Compagnie d'avoir des employéz aussi intelligents que fidèles [...] mal pour mal [dans la difficulté de les trouver ensemble] mieux vaut être exposé à l'intelligence de son employé qu'à la merci d'une fidélité ignorante." (L. 24)

Le plan La Bourdonnais : l'opposition L B / Dupleix
"J'armerai en guerre six vaisseaux et deux fragetes, et je partirai pour l'Inde. Voici mon plan : si la guerre se déclare, j'irai en course ; et dans les premiers momens je suis en mesure de ruiner le commerce des Anglais, et même d'entreprendre sur leurs colonies. Je remettrai à la Compagnie, pour des lettres de change, tous les fonds dont je m'emparerai. Par-là elle se trouvera dispensée de faire sortir de l'argent du royaume [...] Si la guerre ne se déclare pas lorsque je serai dans l'Inde, je chargerai à frêt pour la Compagnie [...] Mais il est évident que si la guerre se déclare, je ferai le plus grand coup qu'on ait jamais fait sur mer." (M. 43-44)

"Le ministre sentit bien toute l'importance de ce projet, et il parut le goûter. Mais en même temps il me fit entendre que, dans l'opinion de la Compagnie, la guerre ne devait pas s'étendre au-delà du Cap de Bonne-Espérance, parce que les compagnies anglaises et françaises avaient intérêt et étaient, disait-on, dans l'usage d'observer entre elles la neutralité dans l'Inde." (M. 45) "Je lui fis voir [...] comnbien la neutralité dont la Compagnie se flattait était une chimère, comme l'expérience ne l'a fait que trop voir depuis."

Renvoi des vaisseaux (M. 60)

Des traités de compagnie à compagnie, "sans l'aveu des souverains".
"Pour se convaincre que les Français risquaient tout, et que les Anglais ne risquaient rien dans ces traités, il suffit d'observer que les Anglais avaient ou devaient avoir dans l'Inde des vaisseaux de guerre et des vaisseaux marchands ; tandis que les Français n'y avaient et n'y devaient naturellement avoir que des vaisseaux marchands de la Compagnie, et pas un seul vaisseau de guerre." (64)

L'affaire de Madras

"On sera peut-être tenté de me reprocher ici trop de prudence ; mais je répondrai qu'il y a bien de la différence entre commander les vaisseaux du roi et commander ceux d'une compagnie marchande : au service du roi on hasarde tout pour la gloire ; au service d'une compagnie tout doit d'abord tendre à son intérêt". (M. 94)

"C'est ainsi qu'à la fin de 1748 je serais arrivé en France avec quatorze ou quinze vaisseaux richement chargés des dépouilles des Anglais et tout au moins de trente millions de rançon. Je ne crois pas qu'on put concevoir un projet de campagne meilleur et dont le succès fut moins douteux. Je m'en rapporte au jugement de tous les marins." (M. 120)

D. "préférait au bien général de l'État et de la Compagnie son bien personnel et l'intérêt particulier de Pondichéry. On verra tous les malheurs qu'a produit cette opposition de vues et de sentimens." (M 122)



La statue de Dupleix à Pondichéry

La B. soutenu par ses officiers (conseil de guerre du 2 octobre 1746) (147)

D. veut faire mettre La B. aux arrêts. C'est L. B. qui met Bury aux arrêts... (148)

"Dans les grandes villes dont je viens de parler [Pondichéry, Madras, Négapatan], il y a à peine six à sept cents hommes qui soient de la nation dont elle porte le pavillon, et ces six à sept cents hommes sont composés de cinq à six cents soldats, trente ou quarante employés et vingt ou trente marchands particuliers." (130)

Faire de l'île de France "une autre Batavia, c'est-à-dire l'entrepôt le plus commode et le plus sûr pour les vaisseaux de la Compagnie". (M. 34)

La contradiction entre le commerce et la politique étroitement entendus : Les projets d'extension territoriale de Dupleix et la position de La Bourdonnais.
Dupleix propose "d'acquérir 600 000 livres de revenus dans des pays qu'une poignée de monde suffit pour garder." (cité par Haudrère, 1991 : 25) Les instructions de la Compagnie à Dupleix : "Soyons contents de ce premier pas, ne songeons point à nous agrandir et à être grands terriers." (cité par Haudrère, 1991 : 25)

Les projets de Dupleix sont politiques, ceux de la Compagnie, commerciaux (neutres en théorie) :
"On pose pour principe qu'il ne convient point à la Compagnie de se rendre en Inde une puissance militaire, et qu'elle doit se borner aux objets de commerce, en conséquence de ce principe, elle ne doit point avoir d'établissements dans l'Inde que ceux qui sont nécessaires à son commerce [...]" (H. 26)
Dupleix voit les limites du commerce de la Compagnie et son coût...

Ambigüité du statut de la Cie : association de marchands et compagnie d'État. En fait, c'est en l'espèce le "Commissaire du roi" qui joue un rôle politique, en relation avec Maurepas. (20)

"Depuis la déclaration de la guerre, le ministre donnait souvent, à l'insu de la Compagnie, des ordres secrets qui devaient toujours être exécutés, quoi qu'elle pût en avoir donné de contraires : c'est ce que porte expressément la lettre du ministre [Ory] en date du 7 mars 1744. (pièce justificative n° 7) (163) "Je n'ai pas instruit la Compagnie, dit le ministre, de ce dont je suis convenu avec M. de Maurepas : ainsi vous vous conformerez exactement à ce que je vous ai marqué ci-dessus, quoique vous puissiez avoir d'autres ordres de la Compagnie." (163-164)

La politique de M. Dupleix "ne tendait qu'à deux fins : la première, de s'emparer de Madras pour en disposer à son gré ; et la seconde de garder les vaisseaux, pour rester seul maître de toutes les forces de l'Inde." (167)

Le plan de D. est de transporter le commerce de Madras à Pondichéry.

Le triomphe romain organisé à Pondichéry, le gouverneur de Madras et les officiers anglais "donnés en spectacle à tout le peuple, à la tête duquel parut M. Dupleix, entouré de gardes à cheval, d'éléphans, et d'une musique militaire, enfin avec tout l'appareil d'un souverain et tout l'éclat d'un vainqueur". (188)

"Les Juifs et les Arméniens eurent le choix, ou de voir piller leurs effets et leurs marchandises, ou d'aller s'établir à Pondichéry. À l'égard des naturels du pays, on les réduisit à la nécessité de se sauver, en rasant la Ville Noire qu'ils habitaient, et qui était le centre du commerce. Enfin, ce qui doit encore paraître plus incompréhensible dans la politique de M. Dupleix, c'est qu'après avoir entièrement détruit la Ville Noire, qui pouvait seule intéresser à cause du commerce, il fit des dépenses énormes pour fortifier la Ville Blanche, qui n'était qu'une place inutile. On crut transporter tout le commerce de Madras à Pondichéry, mais Madras n'est point d'une place dont l'importance réside dans ses fortifications. Ce n'est pas le corps de la place, ni même l'intérieur de la ville, qui fait sa richesse ; elle ne doit son opulence et sa réputation qu'au commerce des Anglais et à cette multitude d'habitations et de manufactures qui se trouvent répandues dans les terres, à vingt ou trente lieues aux environs, et sous la domination du Grand Mogol et l'on conçoit que ces manufactures n'auraient pas moins subsisté, quand Madras aurait été détruit. Pouvait-on se flatter que des ouvriers disséminés dans la plaine, sujets du Grand Mogol, accoutumés aux mœurs et aux usages des Anglais avec lesquels ils sont dans l'habitude de négocier, bien traités d'ailleurs par cette nation, et tranquilles dans des habitations commodes, om ils trouvent toutes les facilités de la vie et du commerce, abandonnassent les établissements formés et avantageux, pour passer dans un pays comme Pondichéry, où la liberté du commerce est si bornée, qu'on peut en quelque sorte la regarder comme interdite aux particuliers. Cet espoir d'attirer à Pondichéry tout le commerce de Madras n'était qu'une chimère dont on a bercé le peuple [...] Mais l'expérience a bien prouvé que je ne m'étais pas trompé quand je pensais que la destruction de Madras n'était et ne pouvait pas être profitable au commerce de Pondichéry [...] À la première paix, Madras sera rendu à l'Angleterre, et deviendra plus florissant que jamais." (188-189)

"Voilà ce qui s'appelle soutenir le commerce" (l'envoi par l'Angleterre de quatre navires de guerre pour "faire payer 130 mille piastres que des Arabes devaient à des particuliers") (Lettre de La B. à M. de Moras, concernant les affaires de la Compagnie de France dans les Indes orientales, 1733. (lettre n° 2 : 48)

La navigation, le commerce

Les départs se font de préférence à la fin de l'hiver pour profiter de la bonne saison en Atlantique nord et de la mousson d'été dans l'Océan indien. De Lorient, port d'armement de la Compagnie, la route descend plein sud vers les Canaries et les Açores. La première difficulté réside dans les conditions de navigation dans le Golfe de Gascogne. On passe la ligne un mois à quarante jours plus tard. On traverse ainsi l'Atlantique jusqu'à la latitude de Tristan de Cunha ; on progresse en droiture par vent d'ouest juqu'au 80° de longitude est. On passe au large du Cap fin juin. La route d'Inde directe double la Nouvelle Amsterdam et remonte les alizés jusqu'à la côte de Coromandel. La route des îles permet d'atteindre les Mascareignes en juillet-août. On y fait escale plusieurs semaines pour obvier au scorbut. Après s'être dirigé vers le cap d'Ambre, la route reprend vers les Maldives jusqu'à Mahé, puis Pondichéry après avoir contourné Ceylan.

L'escadre de La Bourdonnais,
"Je quittai la France le 5 avril. Les vents favorables nous poussèrent d'abord rapidement [...] Je choisis la relâche de l'Ile-Grande, située à la côte du Brésil, parce que je trouvais qu'elle faisait à peu près la moitié du chemin (depuis, les vaisseaux de la Compagnie ont suivi mon exemple) ; nous arrivâmes le 28 mai [...] Après cinquante jours de traversée, je mouillai dans le port de l'île de France le 14 août 1741." (M. 52-53)

"On navigue dans les mers de l'Inde par moussons et par vents alisés. On appelle vents alisés ou réglés, des vents fixes qui, pendant toute l'année, sont toujours les mêmes dans certains cantons. On appelle moussons, des vents qui soufflent six mois d'un côté et six mois de l'autre. Le changement des moussons se fait un mois avant ou après l'équinoxe." (M. 72-73)

Les navires partent de Lorient, port d'armement de la Compagnie. On quitte la France entre décembre et mars, avec les conditions difficiles du Golfe de Gascogne, après trois semaines un mois : escale de quatre ou cinq jours à Gorée ou dans une île du Cap vert ; crochet vers l'ouest pour éviter les vents contraires des alizés, après le 30° parallèle, au voisinage de l'île de la Trinité, on pénètre dans la zone des vents dominants d'ouest. Le passage du Cap de Bonne Espérance se fait très au large. Après trois ou quatre mois de navigation, le scorbut commence à produire son effet. Escale à l'Ile de France ou Bourbon, de trois ou quatre semaines. Six semaines, depuis les Mascareignes pour gagner l'Asie et quatre ou cinq mois de navigation depuis Lorient (Haudrère, 1993 : 47-50).

Achats de cotonnades :
Au mois de mai le dubash convoque les marchands au fort et les présente au gouverneur. Celui-ci leur annonce la qtté de pièces d'étoffe demandées pour l'année en cours et les prix auxquelles elles seront reçues. Les marchands se partagent les commandes et envoient leurs agents dans les villages pour passer commande aux tisserands.
Au mois d'octobre les marchandises commencent à rentrer. « Visite ».
Après la visite, les étoffes sont remises à des blanchisseurs, au moins quatre cents personnes, dont le travail demande beaucoup d'eau…

Pondichéry devint, sous l'impulsion de François Martin, non seulement un lieu de production mais un point de convergence, de surcroît aux étoffes ramenées par le commerce d'Inde en Inde (du Bengale aux Philippines…) des étoffes produites sur la côte orientale de la péninsule. (autrement :175)
La mousseline du Bengale fut imitée à Pondichéry.

Les différentes qualités exportées.
Mousseline, percale ou cotons plus épais sont blanchis à Pondichéry.
Les toiles plus grossières étaient teintes à l'indigo. Elles étaient échangées contre des esclaves en Afrique (d'où leur nom « indiennes de traite ») ou destinées à habiller les esclaves dans les îles à sucre.
Les mouchoirs colorés.
Les mouchoirs de Pulicat : carreaux et rayures étaient obtenus en teignant au préalable les fils de chaîne et les fils de trame. Le tissage faisant apparaître le motif.
Décor floral sophistiqué et couleurs éclatantes…
Le thème de l'arbre de vie, hommage à la nature, repris par les « indiennes » fabriquées en Europe. (177)

Outre les activités d'achat de cotonnades, Pondichéry remplit une fonction d'entrepôt de marchandises venues par voie maritime de toute l'Asie, sur les routes du commerce d'"Inde en Inde".
Trois directions principales, le long des côtes indiennes, vers la Chine et vers le Golfe persique et la mer Rouge.
En cabotage, de Pondichéry avec des cotonnades, des vins et du fer d'Europe, soit vers le Bengale, soit vers la côte Malabar. De cette dernière on ramène du poivre et du Bengale des soieries et du riz. Le voyage des Maldives fournit des retours en cauris, appréciés en Europe pour le trafic négrier.
Les armements à destination des Philippines sont aussi un objet de spéculation. Interdit de l'Espagne…
On en rapporte des pièces venues d'Amérique.
Vers Canton. On en rapporte de l'or, du thé, des soieries, des porcelaines.

Qui s'enrichit ?

Le commerce d'Inde en Inde est à l'origine des fortunes les plus importantes de Pondichéry.
"On ne vient aux Indes que pour faire des affaires, affirme La Bourdonnais. L'opinion contraire ne peut être exigée, n'étant pas naturelle."
Cit. de Dupleix :
« Tous ces gens sont riches. Comment se sont-ils enrichis ? En naviguant. » (lettre à Vincens) (A. p. 58)
A Labourdonnais : « Je pense qu'un peu de sirop de Surate, avec quelques gouttes d'or de la Chine, feront sur vous un effet merveilleux. »
Pour se lancer dans ce commerce : disposer d'un capital et d'associés (A. 58)
Une expédition laisse un bénéfice de 20 à 40 %. Ces profits n'étaient pas sans inquiéter les actionnaires de la Cie.
Le port-permis
Les intérêts des marchands et ceux de la Cie :
La Bourdonnais
Un des directeurs "m'ayant demandé avec aigreur comment j'avais si bien fait mes affaires et si mal celles de la Compagnie, 'j'ai fait mes affaires selon mes lumières, et celles de la Compagnie selon vos instructions', lui répondis-je". (M. 51)

Les cargaisons de retour : toiles, poivre et mousseline. Marchandises pondéreuses : les cauris. La Cie en importe chaque année vingt à trente tonnes.
Le départ de Pondichéry intervient entre janvier et avril : franchir le cap de Bonne Espérance avant le début juin. L'escale des Mascareignes, après un mois de navigation, est courte. Tortues de mer à l'île de l'Ascension, contre le scorbut. (63) L'arrivée à Lorient a lieu pendant la belle saison, durant les mois de juin, juillet, août. Les voyages durent donc de 17 à 18 mois en tout. (63)
Accroissement régulier du montant des ventes, mais faible étendue des marchés (luxe et traite négrière). Hausse des prix en Europe.
Dupleix pense à organiser un nouvel espace commercial en étendant la domination française autour de Pondichéry.

Cet intérêt laissse peu de place aux contacts entre européens et indiens. C'est l'intermédiaire indien (dubash ou modeliar) qui est, de fait, le curateur des commandes de la Compagnie. Il se charge de leur exécution et fait des avances aux artisans. Son action est essentielle à la bonne marche des affaires. Le plus connu, grâce à son journal, est Ananda Ranga Pillai, dont la demeure, épargnée par la destruction anglaise, est visible à Pondichéry. Les employés européens sont peu nombreux, ce sont essentiellement des soldats. (un extrait :)

Samedi 7 décembre 1754 : « Lorsqu'il eut congédié Madanânda Pandit, M Godeheu me prit à part dans une chambre et me dit : « J'ai à vous parler d'une certaine affaire. Vous devrez me dire toute la vérité. - Soit, approuvai-je. Il poursuivit: N'est-il pas vrai que les anciens Gouverneurs ont fait de l'argent? Je voudrais bien, moi aussi, faire de l'argent, mais par des voies honnêtes. Nul autre que vous ne peut m'en faire avoir. Lorsque M Lenoir était Gouverneur, il fit le bonheur des commerçants et des habitants; il rechercha le profit de la Compagnie et lui-même y gagna beaucoup. On sait tout cela en France. M Dumas fit de l'argent d'une manière ou d'une autre. Mais, à mon arrivée, j'ai appris que M Dupleix s'enrichit par des voies illégales. A coup sûr, je ne veux pas faire de l'argent à sa manière. Aidez -moi à en gagner comme M. Lenoir et M. Dumas ». Il s'étendit longuement sur ce sujet. – M Lenoir, répondis-je, ne se gêna pas pour accepter des présents des négociants et des habitants lorsque c'était sa fète, au Nouvel An et en d'autres occasions. Les marchands de la Compagnie lui proposaient des présents pour obtenir facilement des contrats mais il refusait obstinément de les prendre. Ils voulaient alors lui faire de petits cadeaux, mais, même ceux-là, il lui arrivait de les refuser. Du commerce de Moka il tira de gros profits, mais rarement par d'autres voies. M Dumas, lui, faisait de l'argent par le commerce et d'autres voies, et vous savez comment M Dupleix amassa une fortune. (IX. 111 )