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4 Éléments d'Ethnographie Indienne (en cours)



Mots clés : Inde védique Sacrifice Ethnomathématiques

Champs : Anthropologie religieuse Ethnographie villageoise Route des Indes



1- Note sur l'acte sacrificiel dans l'Inde ancienne

2- L'aigle et le serpent

3- Rues de Pondichéry


anthropologieenligne.com : unité de l’homme et diversité des cultures


Les indiennes

Le premier mot relevé pour désigner explicitement le coton, inconnu des européens, est sanscrit : "karpasi". Ce mot donnera karpas qui désigne aujourd'hui le coton-graine en Inde. Des restes de tissus confectionnés en fibres de Gossypium arboreum (cotonnier arbre) remontant à 3200 ans avant J.C. ont été exhumés dans la Vallée de l'Indus, à Mohenjo-Daro. En 445 avant J.-C., Hérodote écrit à propos de l’Inde qu'"on y trouve des arbres poussant à l'état sauvage, dont le fruit est une laine meilleure et plus belle que celle des moutons. Les indiens tissent des vêtements avec cette laine d'arbre". (Les européens identifient le coton à l'Inde : Christophe Colomb voyant porter des vêtements de coton aux Barbades est confirmé dans sa conviction d'avoir atteint les Indes.)


Gossypium arboreum


"Arbre à laine", Bois gravé du XVème siècle.
[En Inde] "on trouve des arbres poussant à l'état sauvage, dont le fruit est une laine meilleure et plus belle que celle des moutons. Les indiens tissent des vêtements avec cette laine d'arbre"
Hérodote, Histoires, III, 106

De nombreux termes se rapportant au coton ou aux produits de coton indiquent l'origine indienne ou orientale : indienne (toile de coton légère colorée par impression), madras (étoffe à chaîne de soie et à trame de coton, de couleurs vives et dont on fait des écharpes, fichus...), persienne, mousseline (littéralement tissu de Mossoul, ville de l'actuel Irak), calicot (de Calicut, Kozikhode, qui fut la première escale de Vasco de Gama en Inde), chintz (toile de coton imprimé pour l'ameublement) du sanscrit (tchitra : tacheté ?).

Au XIIe siècle, les premiers ballots de coton arrivent en Europe, mais cette fibre est principalement utilisée pour la confection des mèches de bougies. Au début du XIVe siècle, en Flandres, la fibre de coton entre dans le tissage de la futaine, mélange de laine ou de lin avec du coton. Pionnière dans l’invention des procédés de tissage et de teinture, l’Inde a le monopole de la production et de la transformation du coton jusqu’au XVIIIe siècle et la finesse de la mousseline indienne restera longtemps supérieure à celle produite par les métiers à tisser européens. Le boycott des textiles anglais organisé par Gandhi (visant aussi les industriels britanniques exploitant les planteurs d’indigo et les ouvriers du textile) rappelle aussi une primauté historique. Quand les européens touchent l'Inde, plusieurs centres de production existent dans1e Nord Ouest du pays, de Surate à Agra, ainsi qu'à l'Est, sur la Côte de Coromandel et au Bengale. A proximité de Pondichéry, Gingy, Tindivanamn, Oulundourpettai sont les marchés cotonniers les plus importants. De Beaulieu (1699-1764), envoyé par la Cie des Indes pour y étudier le processus de fabrication des "indiennes" décrit les étapes successives de la fabrication. (L'original de son rapport se trouve au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris.)

La qualité de ces étoffes, légères et aux couleurs vives et tenaces s'impose à l'Europe dès le début du XVIIe. La maîtrise des techniques de teinture et notamment des mordants permettant de fixer les couleurs et la finesse des motifs faisaient des "indiennes" des produits très recherchés. Jean Rhyner, un manufacturier bâlois, juge ainsi les étoffes indiennes dans un traité sur la fabrication et le commerce des toiles peintes (cité par Jacqueline Jacques "La révolution des indiennes au XVIIe siècle en France, et ce qui en découla jusqu'à nos jours", in Wanquet...) "...Le goût général pour les toiles peintes de l'Inde prouve la supériorité de cette étoffe pour l'usage à toute autre étoffe ; les toiles peintes seules ont été capables de captiver sans interruption le goût général, même les imitations quoique fort inférieures ont joui de la même prédication [...]" Les motifs utilisés par les artisans indiens évoluent en fonction de la demande européenne. L'engouement de la haute société pour les "calicots", les "patnas", les "perses" dans le vêtement et l'ameublement est fort et la mode se propage. Marseille, où arrivent les toiles du Levant, créera la première manufacture d'indiennes en 1648. Afin de protéger les fabrications textiles traditionnelles et limiter les sorties en numéraire, Louvois fera prendre par Louis XIV l’arrêt de prohibition du 26 octobre 1686 visant "les toiles peintes aux Indes ou contrefaites dans le Royaume", un an après la révocation de l'Édit de Nantes. (Les artisans de Londres avaient saccagé le siège de la compagnie anglaise en 1680 et le Parlement interdira l'importation de soieries et de calicots peints, teints ou imprimés.) L'abolition sera levée en 1759. Le succès alimente la contrebande, la fabrication des imitations étant souvent assurée par des réfugiés huguenots.




Palampore, Coromandel, 2ème moitié du XVIIIe siècle
(Musée des Arts décoratifs de l'Océan Indien, Saint-Louis, Réunion)



Indienne de Munster




Indienne de Wesserling

MONSIEUR JOURDAIN.– Je vous ai fait un peu attendre, mais c'est que je me fais habiller aujourd'hui comme les gens de qualité; et mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'ai pensé ne mettre jamais.
[...]
MONSIEUR JOURDAIN.– Vous me verrez équipé comme il faut, depuis les pieds jusqu'à la tête.
MAÎTRE DE MUSIQUE.– Nous n'en doutons point.
MONSIEUR JOURDAIN.– Je me suis fait faire cette indienne-ci.
MAÎTRE À DANSER.– Elle est fort belle.
MONSIEUR JOURDAIN.– Mon tailleur m'a dit que les gens de qualité étaient comme cela le matin.
MAÎTRE DE MUSIQUE.– Cela vous sied à merveille.
(Molière, Le Bourgeois gentilhomme, comédie ballet, Acte I, scène 2, 1670)

"Cependant le bruit s’étant répandu dans l’île que la fortune avait visité ces rochers, on y vit grimper des marchands de toute espèce. Ils déployèrent, au milieu de ces pauvres cabanes, les plus riches étoffes de l’Inde ; de superbes basins de Goudelour, des mouchoirs de Paliacate et de Mazulipatan, des mousselines de Daca, unies, rayées, brodées, transparentes comme le jour, des baftas de Surate d’un si beau blanc, des chittes de toutes couleurs et des plus rares, à fond sablé et à rameaux verts. Ils déroulèrent de magnifiques étoffes de soie de la Chine, des lampas découpés à jour, des damas d’un blanc satiné, d’autres d’un vert de prairie, d’autres d’un rouge à éblouir ; des taffetas roses, des satins à pleine main, des pékins moelleux comme le drap, des nankins blancs et jaunes, et jusqu’à des pagnes de Madagascar."
(Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, 1788)


Coiffure dite "madras"


Tissu dit "madras"

Bibliographie :
Schwartz P.R. "The French document on Indian cotton painting, The Beaulieu Manuscript. c. 1734 in Journal of Indian Textile History, 1956, n° 2, pp. 5-23.
Schwartz P.R. "L'impression sur coton à Ahmedabad en 1678", in Bull. SIM, 1967, n° 726, p. 8. (Société Industrielle de Mulhouse)
Allemagne, F.R. d', La Toile imprimée et les indiennes de traite, Paris 1942.
Alain Avenel et Raymond Bernard, Splendeur des indiennes bolbécaises, Bolbec, 1996.
M. Mollat (éd.) Sociétés et Compagnies de commerce en Orient et dans l'océan indien, 1970. Paris. 93.387.COL
P. Kaeppelin, Les origines de l'Inde française. La Compagnie des Indes orientales et François Martin. Paris, 1908.


P.R. Schwartz présente et commente un document de 1678, dû au "Sieur Roques" de la Compagnie des Indes, qui décrit comment les toiles imprimées étaient fabriquées à Ahmedabad et la manière dont les agents de la Compagnie devaient traiter avec les artisans locaux. Il est intitulé "La manière de négocier dans les Indes Orientales dédiée à mes chers amis et confrères, les engagés de la royale Compagnie de France" (Schwartz P.R., "L'impression sur coton à Ahmedabad en 1678", in Bull. SIM, Société Industrielle de Mulhouse,1967, n° 726, pp. 9-25). Ce document permet d'établir l'antériorité indienne de cette technique parfois présentée comme une invention européenne. Les connaissances de l'auteur paraissent, de l'avis de Schwartz, assez limitées et ont pour principal objet de faire en sorte que les commanditaires des toiles imprimées aient "contentement de leurs ouvrages" (13). (comment procéder avec les peintres, les sculpteurs des moules en bois, etc.). Le manuscrit de Roques fait mention de trois types de planches à imprimer, gravées par un sculpteur, et fait mention des ingrédients utilisés pour fournir et fixer les couleurs ainsi que l'opération d'"huilage" (la toile est trempée dans l'huile de sésame) avant l'impression. "Une racine pour faire le rouge [chayaver], de l'alun, de la rouille de fer [mordants], de la noix de galle, de l'écorce de grenade, de la terra merita (curcuma), du vert-de-gris, de la couperose, de l'indigo, de la farine de blé détrempée et devenue aigre [acide], de la gomme tirée d'un arbre, de la cire et de l'ocre." (p. 16).

Comme le note l'Encyclopédie méthodique (1782-1832 - t. I, p. 219) : "Les Indiens emploient leur coton dans des objets d'industrie qui feront longtemps l'admiration de l'Europe et le désespoir de nos fabricans." Le même ouvrage développe (t. II, 242-243) : "J'ai sous les yeux des toiles de deux aunes de largeur, dont la filature et le tissu sont unis comme une glace ; et toutes les couleurs dont elles sont peintes ou imprimées, d'une vivacité, d'un éclat, dont rien n'approche. Nous n'avons pas la moindre idée de la manière dont on file le coton dans toutes ces contrées ; nous ne pouvons pas concevoir comment on lui fait perdre ce duvet; qui fait draper et gonfler nos toiles et nos mouchoirs de coton, à remplir la poche, et être désagréable à l'usage tandis que les leurs, avec la douceur propre à cette matière, ont le lisse et le raz du fin lin : nous ne savons ni s'ils retordent les fils, ni comment à tant de finesse ils réunissent tant de force, pour supporter la tension et les secousses qu'exige un travail si perfectionné ; nous ne savons pas ni comment ils ourdissent ni comment ils collent leurs chaînes ; ni, s'ils les parent, avec quelle matière : nous n'avons rien de clair, rien même qui puisse nous donner la moindre facilité d'imiter leurs métiers, leurs lisses, leurs peignes, la manière dont ils les disposent et dont ils s'en servent [...]" On projette de faire venir à Rouen des tisserands du Coromandel. En 1785, c'est à Thieux (en Seine-et-Marne) qu'on installe 52 Malabares (qui repartiront pour l'Inde en 1788). (Dermigny, Cargaisons Indiennes, Solier et Cie, 1781-1793, I, p. 224)

Les indienneurs européens utilisent massivement des "toiles venant de l'Inde, et donc grevées d'un prix de transport élevé", la production de cotonnades en Europe "étant en retard – particulièrement pour les calancas, caladaris et autres étoffes destinées à l'impression – sur la demande prodigieusement accrue de l'indiennage [...], l'art des drogues progresse plus vite que la mécanique". (Dermigny, I, p. 214)


Les Bijoux

Ce qui frappe dans les inventaires, note Labernadie, c'est le nombre et la richesse des bijoux. (267)tion

"La boutique ambulante d'un orfèvre est ordinairement composée d'une petite enclume, d'un creuset, de deux ou trois petits marteaux, et d'autant de limes. Avec d'aussi simples ustensiles, la patience des Indiens, jointe à leur industrie, sait produire des ouvrages que souvent on ne distinguerait pas de ceux qu'on apporte à grands frais des pays les plus éloignés. A quel degré de perfection ne seraient pas parvenus ces hommes, si, au lieu d'être les élèves de la simple nature, ils avaient été dès leur enfance sous la conduite de bons maîtres !
Pour nous former une idée de ce que pourraient les Indiens dans les arts et les manufactures, si leur industrie naturelle était convenablement encouragée, il ne faut que nous transporter à l'atelier d'un de leurs tisserands ou de leurs peintres sur toile, et considérer avec attention le genre d'instruments avec lesquels ils produisent ces superbes mousselines, ces toiles superfines, ces belles étoffes peintes, qu'on admire partout et qui, en Europe, occupent le premier rang parmi les principaux articles de la parure. En faisant ces magnifiques ouvrages, l'artisan se sert de ses pieds presque autant que de ses mains : en outre, le métier de tissage, et tout l'appareil nécessaire pour ourdir et travailler son fil avant de le tendre sur le métier, ainsi que les autres ustensiles dont il se sert en travaillant, sont si simples et en si petit nombre, que le tout réuni formerait à peine la charge d'un homme.
[…Leurs peintures sur toile, qui ne sont pas moins admirées, s'exécutent par des moyens aussi simples. Trois ou quatre bâtons de bambou pour tendre la toile, autant de pinceaux pour appliquer les couleurs, quelques morceaux de pot de terre cassé pour les contenir, une pierre creuse pour les broyer ; tel est à peu près tout ce qui constitue l'atelier de leurs artistes en ce genre." (Dubois : 36-37)

source :
http://www.jacobins.mairie-toulouse.fr/expos/or_de_l_inde/textes/techniques.htm

A partir du Ier siècle avant J.-C., le Sud de l'Inde devint le centre de la production et du commerce des pierres précieuses. La littérature tamoule parle de l'industrie florissante des gemmes à Kaveripattinam et Madurai pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne. Kautilya disait que, dans le Sud, le commerce était plus profitable, parce que sur les routes commerçantes de cette région, les diamants, les rubis, les perles fines et l'or étaient plus abondants. Plusieurs auteurs et poètes s'exprimant en sanscrit, tels que Kalidas, Bhartrahari et Subandhu parlent des outils employés par les lapidaires indiens au début de la période historique, comme la vrille à pointe de diamant pour percer les trous, le sana et le sana-chakra, ou meule, pour tailler et polir les gemmes.

Quant au outils et aux instruments qu'ils utilisaient au début de la période médiévale de l'histoire indienne, un manuel de gemmologie récemment publié, intitulé l'Agastyasamhita, qui fut copié d'un texte plus ancien en 1334-1335 avant J.-C., nous éclaire sur les nouveaux outils et techniques qui avaient fait leur apparition. Cet ouvrage traite des procédés manuels et mécaniques que l'on avait adoptés à cette époque pour la transformation des gemmes en bijoux. Le manuscrit décrit neuf types de meules pour moudre et polir (sanas) et six sortes de forets de diamant (vajras).
Les renseignements que nous donne l'Agastyasamhita sont confirmés par les récits des voyageurs européens qui visitèrent l'Inde au XVIIe siècle.
A Surat, en 1675, John Fryer avait vu des meules semblables, en gomme - laque et corindon coulés dans des moules employées pour tailler et polir les gemmes.

Il est mentionné que ces meules ne pouvaient s'obtenir qu'à Cochin, ce qui suggère qu'au XVIIe siècle, le corindon - l'élément abrasif - extrait à Salem et Coimbatore, au Tamil Nadu, était exporté jusqu'à Surat par bateau.
Thévenot, un voyageur français qui visita les mines de diamants du royaume de Golconde en 1666, confirme ces pratiques et l'utilisation du corindon. Néanmoins, dans la plupart des cas, les pierres précieuses étaient serties sans transformations majeures de leur forme originale.
Après l'application des émaux, les bijoux creux étaient remplis de gomme-laque dans laquelle les gemmes étaient enchâssées. La pièce était ensuite envoyée à un autre artisan, le manikya-bandhaka ou le kundansaz, qui sertissait les pierres. Tout d'abord, on évidait l'emplacement des gemmes pour former un motif artistique. Une mince feuille d'argent, le paillon, était découpé à la forme voulue, pressé pour le rendre concave et poli afin qu'il devienne très brillant. Puis il était fixé au fond de chaque creux de façon à donner du lustre à la pierre qui était placée dessus et sertie.
Avec l'arrivée des Anglais en Inde, les gemmes commencèrent à être serties avec la méthode dite de griffes ouvertes, qui laissait le dessous de la pierre à nu. Le polissage était exécuté de façon à garder la forme et la teinte originales de la pierre. On frottait la surface repoussée du bijou avec de l'agate pour lui donner un fini lisse et chatoyant.