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Chapitre 19
Plan du dossier : 19.1 "Et ta sur !" Différence des sexes et territorialité : relevé des grafitti de la Sorbonne, mars 1982
J.B. Pacheco, El Diario de Hoy, 1974 (U.S.A.) La crise du pétrole ...et sa juste réparation. Ce constat répète, en particulier, la vertu d'une justice proche et la nécessité, pour le citoyen, devant cette carence des grands magistères, de se réapproprier le droit qu'il a délégué à l'Etat d'assurer la sécurité des siens et la défense de ses biens. Les actes d'auto-défense qui se multiplient, la constitution, en 1978, de l'association "Légitime défense" (présidée par un magistrat à la retraite), le recours clandestin aux milices privées, signalent ce divorce entre une justice officielle "libérale" et une détermination qui se veut "populaire". La "délinquance immigrée" est au centre de l'intérêt du citoyen "sécuritaire". Elle prouve la vérité de ses vues et focalise sur l'étranger les manifestations d'une crise protéiforme en en réduisant l'étiologie à la trangression du principe d'identité, principe ontologique de saisie de soi et du monde. Selon le Service central d'étude de la délinquance, " les délinquants nationaux représentent 10,80 % de leur population; les étrangers 24,93 % de la leur". Dans la région parisienne, la part des immigrés dans la criminalité serait de 31 %, soit deux fois plus que la criminalité des nationaux (dans Valeurs actuelles du 3 janvier 1983). Bien que la délinquance des étrangers soit le plus souvent une petite délinquance, l'opinion publique la charge d'autant plus qu'elle la met au compte de la différence raciale ou culturelle qui constitue déjà un désordre. Et que font-ils ces enfants des banlieues "criminogènes" ? Ils vivent, tout simplement. Alors que les pères étaient préparés, de par leurs conditions de vie,à soutenir des travaux pénibles dans la perspective, sinon d'une amélioration immédiate de leur sort, du moins d'une augmentation importante de leur revenu monétaire, les immigrés dits de la "deuxième génération", d'ailleurs touchés en priorité par la crise, ayant grandi dans un univers urbain où le modèle dominant celui du centre-ville est défini par l'étalage et la multiplication des signes extérieurs de richesse corollaire obligé de l'expansion ayant reçu dans les écoles une éducation égalitaire, n'ont aucune raison de se considérer naturellement exclus du partage des richesses dans un pays dont ils sont des naturels pour la simple raison qu'ils n'en ont pas d'autre. La négation de l'évidence vécue et apprise leur est pourtant administrée par les faits ; handicap scolaire, chômage, délinquance, les enfants des ghettos immigrés sont le pur produit de l'abstraction industrielle : L'exclusion économique et le "déracinement" expliquent la part relative des jeunes immigrés dans la délinquance. Sur le demi-millier de jeunes "Beurs" qui vivent à Bassens, une cité-ghetto du nord de Marseille, une vingtaine seulement sont salariés. (Le Monde du 24-25 novembre 1985). "Un détenu sur quatre est de nationalité étrangère", titre Le Monde du 19 décembre 1985, d'après un rapport du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), ce qui constitue un taux de délinquance de 3,8 % à 5,3 % plus élevé chez les étrangers que chez les nationaux (l'interprétation des chiffres n'est pas univoque, d'où cet écart de 3,8 % à 5,3 %). Il y a 15 % d'étrangers parmi les personnes interpellées (moyenne nationale) et 42% à Paris. "La délinquance étrangère est essentiellement maghrébine". Sur 98.744 étrangers condamnés en 1983, les Algériens, Tunisiens et Marocains étaient 48.850.
Jacques Faizant, le Point du 13 janvier 1986 En vertu d'un philosophie marquée de "réformisme moraliste" et d"une utopie romantique" dans laquelle ont fleuri toutes les actions de délinquance, de criminalité et même de terrorisme" (J. Chirac à Grenoble le 14 mars 1985), les socialistes auraient perverti l'ordre des valeurs. A propos de l'installation de la télévision dans les cellules pénitentiaires, l'association "Légitime défense" constate que "les parasites de la société vont pouvoir se distraire aux frais des contribuables, alors que d'honnêtes gens se font voler leur poste et que d'autres vendent le leur pour pouvoir manger. L'écurement et l'indignation des honnêtes gens vont bientôt se traduire par un bulletin de vote. Alors les truands n'auront plus que le droit d'expier et, s'ils en sont capables, celui de se repentir" (Le Monde du 27 novembre 1985). M. J.C. Gaudin, dans une déclaration faite le mardi 28 octobre à l'Assemblée nationale s'indigne qu'on "libère les gens condamnés par la justice", et de conclure : "Nous ne sommes pas socialistes, nous !" Depuis que la droite est revenue au pouvoir, le ministre délégué à la sécurité, interrogé à propos des "bavures" policières, constate que "les automobilistes s'arrêtent aux contrôles" (Le Monde du 8 février 1987) (Après l'une de ces "bavures" pédagogiques, en quelque sorte, le commissaire Broussard devait déclarer à la télévision: "Ceux qui n'obtempèrent pas doivent savoir qu'ils s'exposent à des conséquences insoupçonnables"). "La nouvelle politique sécuritaire : les Français sont pour", titre Le Figaro du 2 juin 1986, faisant état d'un sondage IFOP selon lequel 64 % des personnes interrogées sont favorables à la remise en service des quartiers de haute sécurité, 72 % hostiles à l'idée d'accorder le droit d'asile à "un étranger dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public". L'expulsion des cent un maliens opérée le 18 octobre 1986 est approuvée par 67 % des personnes interrogées : 84 % des électeurs de droite et 54 % des électeurs de gauche (Paris-Match du 13 novembre 1986). "Les socialistes, d'ailleurs, selon R. Pandraud, le ministre délégué à la sécurité, ont fait plus qu'ils ont bien voulu le dire. Mais ils n'ont jamais pu accepter la logique du comportement qu'on doit suivre quand on a la responsabilité du pays" (Paris-Match du 30 mai 1986).
La petite délinquance paraît ainsi démontrer l'insolente impunité du délinquant et l'impuissance de la loi. "Cinquante-six tziganes, en majorité d'origine yougoslave, interpellés, dont trente mineurs, des sommes en devises étrangères de douze pays, des travellers-chèques, un appareil photo et deux fusils à pompe récupérés, tel est le résultat d'opérations menées au cours de la semaine écoulée dans trois campements tziganes de Rungis et de l'Hay-les-Roses" peut-on lire dans Le Monde du 25 juin 1986 qui précise : "Les perquisitions effectuées ont permis de saisir d'importantes sommes d'argent: 25.000 francs français, 25.500 roupies indonésiennes, 1.370 deutschemarks, 2.000 .dollars américains, 12.000 francs suisses, 100.000 lires italiennes et également des livres sterling, des couronnes norvégiennes, des florins néerlandais, des dollars australiens, des francs luxembourgeois, des couronnes danoises et des marks finlandais". "Quatre gitans d'origine yougoslave, qui "encadraient" un groupe d'enfants voleurs à la tire, ont été interpellés en flagrant délit, mardi 12 août, près du bois de Boulogne (...) Les policiers s'intéressaient depuis quelque temps aux allées et venues de [ces hommes] qui, au volant de grosses voitures, déposaient régulièrement une bande d'enfants dans les quartiers touristiques de Paris. Le soir, ils venaient les rechercher et récupérer leur butin. Lors des interpellations, les policiers ont découvert un fusil à pompe à canon scié et ses munitions, le butin était composé de 10.000 deutsche-maarks (32.500 francs) et 2.000 francs suisses (8.000 francs)" (Le Monde du 15 août 1986). "Une adolescente de seize ans et demi, mais prétendant avoir huit ans, a été interpellée pour la soixante-et-unième fois à Paris après avoir détroussé un touriste japonais." (Le Figaro du 5 avril 1991) R. Pandraud, lui, dans son projet de loi sur les conditions d'entrée et de séjour des étrangers adopté par l'Assemblée nationale le 16 juillet 1986, a eu une pensée particulière pour ces "surdoués de la délinquance", comme il les appelle, en prévoyant l'expulsion des jeunes immigrés, même entrés en France avant d'avoir dix ans, s'ils ont été condamnés à six mois de prison ferme ou à douze mois de prison avec sursis : "S'ils veulent rester en France, ils n'ont qu'à faire en sorte de ne pas être condamnés". Plan du dossier : 19.1 "Et ta sur !" Différence des sexes et territorialité : relevé des grafitti de la Sorbonne, mars 1982 |
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