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Chapitre 13
L'"effet McClintock" et effets apparentés :
oscillateurs couplés, synchronisation, société...
(dossier pédagogique)
(Une partie de cette page a été présentée sous forme de communication au colloque :
"Représentations du féminin en Orient et en Occident",
le 29 novembre 2007)
"On ne peut pas ne pas communiquer."
Chambrées...
Je voudrais présenter quelques données touchant un invariant de la féminité et la manière dont les sociétés traditionnelles et les sociétés techniciennes, respectivement, l'envisagent. Je vais parler d'un phénomène qui est à l'origine de l'expression "en catimini", du grec katamênia, "chaque mois", expression qui, étymologiquement, désigne la menstruation. La menstruation est donc comme chacun sait quelque chose qui est supposé devoir être dissimulé et dont on ne parle pas en public. Pour la bonne cause et pendant les quelques minutes qui me sont imparties, je vais donc demander au président de séance la permission de lever le coin d'un tabou
La physiologie féminine fait l'objet, dans la généralité des cultures, d'une perception ambivalente que la biomédecine a largement démythifiée. Universellement déifiées ou diabolisées, les valeurs symboliques associées à la féminité et à la maternité sont aujourd'hui passibles d'une lecture matérialiste qui met l'Orient et l'Occident d'accord c'est le thème de ce colloque en unifiant ce que le beau sexe le sexe, puisque la langue classique résume le genre féminin par ce mot a en partage : la charge de porter et de mener à terme l'enfantement.
Si le sang cataménial doit être tenu en catimini, c'est parce les traditions lui attribuent un pouvoir le plus souvent dangereux. C'est donc la magie inquiétante de la femme, mais peut-être aussi sa magie positive qui tombent devant le matérialisme de l'approche scientifique.
Je voudrais simplement rappeler que ce qu'on nomme la "libération de la femme" repose aussi sur la connaissance et sur la maîtrise de ce qui faisait son "mystère" et sa "puissance", le processus de la génération. C'est là un mouvement sociétal caractéristique des sociétés libérales qui a pour conséquence la neutralisation des genres (voir : chapitre 21.1 : La techno-structure par l'exemple : neutralisation des fonctions et des genres). Le matérialisme et l'économie ignorent le genre. Le genre dominant est probablement aujourd'hui le neutre. Il est, par exemple, interdit de spécifier le sexe quand on passe une offre d'emploi. (La loi du 13 juillet 1983 stipule que "nul ne peut mentionner ou faire mentionner dans une offre d'emploi [
] le sexe ou la situation de famille du candidat recherché". Les discussions gouvernementales qui viennent de se tenir sur l'égalité salariale des hommes et des femmes relèvent de cette philosophie.)
Représentations de la menstruation
Il en va tout autrement dans les sociétés traditionnelles, où la position symbolique de la femme est associée à sa part dans la différence des sexes et dans la procréation. La femme menstruée y fait l'objet de rites de défiance et de ségrégation sévères. Dans le Lévitique et dans le Coran, par exemple, elle est une source d'impureté et de danger. Le Coran avertit : "La menstruation est un mal. Tenez-vous à l'écart des femmes jusqu'à ce qu'elles deviennent pures." L'évêque Isidore de Séville (570-636) dépeignait ainsi les effets du sang menstruel :
"Au contact de ce sang, les moissons ne germent pas, le vin surit, l'herbe jaunit, les arbres perdent leurs fruits, le fer est mangé de rouille et le cuivre s'oxyde. Si des chiens viennent à en avaler, ils deviennent fous. Même la colle bitumineuse, qui ne se laisse dissoudre ni par le fer, ni par les eaux, quand elle est polluée par ce sang, se désintègre."
Le savoir populaire n'est pas en reste : les règles sont supposées faire tourner la mayonnaise, aigrir le vin, ternir les miroirs, faner les fleurs... Un texte allemand du XVIIème siècle (cité par Wosselmann, 1936, La Menstruation), donne les instructions suivantes aux femmes menstruées :
"...que la fille ne se mêle pas aux gens, évitant danses et noces, que les femmes mariées soient particulièrement attentives (elles ne devaient pas avoir de rapports sexuels dangereux pour la santé du mari et pour la naissance possible d'un enfant, dévolu aux puissances infernales) - de façon à éviter de loin les hommes à l'époque des fleurs, afin qu'elles ne pleurent ni ne s'irritent, ni ne les battent, de peur que le poison ne déforme leurs membres - qu'elles évitent de toucher et d'embrasser les enfants, de toucher les mets à la cuisine, de s'approcher du tonneau à la cave, de s'attarder près des arbrisseaux au jardin - de se mirer dans aucune belle glace - mais qu'elles restent, bien tranquilles chez elles, à coudre et se bien garder - qu'elles ne soient point parcimonieuses de la toile de lin, afin d'éviter que la domesticité ignorante ne trouve sur le plancher la rouille morbide."
Le flux menstruel est compris comme une pollution mortifère (qui tire vraisemblablement sa dangerosité, entre autres valeurs, de sa signification de fécondation non aboutie) dont il faut protéger les processus vitaux, gestations, fermentations, coctions, floraisons...
On peut se demander si ces conceptions ne sont pas, à divers degrés, toujours vivaces. Une enquête commandée par la société Tampax révèle, par exemple, que la menstruation n'est pas un sujet dont il est décent de parler à table. Les réponses de médecins généralistes (je dis bien de médecins) à un questionnaire sur le vécu des règles sont à l'avenant : "Que peut-on dire sur un pareil sujet ?" s'interrogent certains ; "C'est un sujet féministe ?", C'est une enquête style Marie-Claire ?", "On le verrait mieux distribué à la sortie du métro" (Queneau-Sébille, 1986). Dans la publicité concernant des serviettes périodiques et des tampons (que nous disons significativement "hygiéniques"), la couleur rouge est proscrite et c'est un liquide d'un bleu auspicieux qui est supposé démontrer l'efficacité de l'absorption. Catéménial requiert toujours "catimini ".
La médecine de la fin du XIXe siècle s'est signalée par une approche de la menstruation "à la frontière entre maladie physique et maladie psychique" (référence utilisée : Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti "Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque", Clio, numéro 14/2001, Festins de femmes, [En ligne : URL : http://clio.revues.org/document114.html]). Le médecin Icard élabore une véritable typologie de ce qu'il appelle les "psychoses menstruelles", c'est-à-dire ces paroxysmes de folie qui touchent certaines femmes indisposées. Icard distingue huit catégories de psychoses menstruelles. La première est la kleptomanie ou vol à l'étalage ; c'est celle qui, selon Icard, a "les liens les plus étroits avec la fonction ovarique" (p. 98). Elle se manifeste "presque toujours au moment des règles" (p. 99) et concerne toutes les catégories de femmes, y compris les dames de la bonne bourgeoisie, souvent surprises la main dans le sac aux comptoirs des grands magasins : comme les autres, elles aussi sont soumises aux lois de l'espèce. L'influence des menstrues peut aller jusqu'à la nymphomanie, "véritable accès de fureur utérine, transformant en bacchante la fille la plus timide et la vierge la plus chaste en Messaline éhontée dont n'approche même pas l'effronterie des plus basses prostituées". (p. 103)
Le principe de l'irresponsabilité pénale de la femme menstruée est posé dans cette approche. La menstruation serait un facteur à décharge dans le cadre d'un procès pour meurtre. En 1888, le docteur Brouardel mentionne le cas d'une certaine H. C., bonne d'enfants âgée de quinze ans, qui tua le petit garçon de deux ans dont elle avait la charge : "On reconnut que le même jour elle avait ses règles pour la première fois. Le rapport des médecins fut favorable à sa non responsabilité" (p. 108). Invoquant l'article 64 du Code pénal qui pose l'irresponsabilité pour cause de démence lors d'un crime, certains praticiens proposent, en cas d'homicide perpétré par une femme, de systématiser l'enquête sur l'état menstruel de la coupable au moment des faits : "Le médecin expert, s'il est appelé à se prononcer sur l'état mental d'une accusée dont l'action reste inexpliquée ou laisse présumer une perversion des sens, devra donc, toujours, porter son attention sur la fonction menstruelle [
]" (p. 109)
Dans une optique naturaliste, la conception populaire comprend aussi la menstruation comme une phase nécessaire dans le processus naturel de la génération. "La fleur, écrit Ambroise Paré est le fondement ou préparatif à la semence et au fruit de chaque plante. Pour cette cause, on appelle "fleurs" les purgations menstruelles de la femme, d'autant qu'elles précèdent communément et sont comme préparatifs à leur fruit, qui est l'enfant, dont il s'ensuit que les femmes ne pensent avoir d'enfants devant qu'avoir leurs fleurs." Ce qu'exprime le proverbe : "Qui ne fleurit, ne graine".
C'est à cette approche naturaliste que les expériences auxquelles je vais faire référence maintenant se rapportent en quelque manière. (Où l'on voit que, depuis Ambroise Paré, la connaissance des mystères féminins a fait quelque progrès.) J'en viens donc à la partie positive de mon exposé, qui commence par des considérations qui vont peut-être paraître anecdotiques
mais qui mènent droit au but.
Une subodoration à la portée d'un soldat de deuxième classe
J'ai fait mon service militaire dans un orphelinat de jeunes filles... (Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois qu'il m'arrive de rappeler cette circonstance, cela provoque un certain amusement dans l'auditoire qui se représente probablement une version des "Mousquetaires au couvent" ou quelque soldatesque en bamboche... Non, dans cette institution, la séparation entre les "appelés" et les "demoiselles" était d'une extrême rigueur théorique.) Cet orphelinat, qui avait vocation à recueillir et à former les pupilles de l'armée de l'air, était aussi un lycée. Guère tenté par la sinécure de la Coopération et le statut de V.A.T. (Volontaire de l'Aide Technique le terme "volontaire" est ici un euphémisme pour qualifier un choix par défaut, un choix quand on n'a pas le choix statut qui constituait, en réalité, avec la réforme, un moyen de se soustraire à la conscription et à son lot d'humiliations et de promiscuité), je n'avais rien fait pour échapper au sort commun. Quand, après avoir "fait mes classes", j'ai su que j'étais envoyé dans un lycée, j'ai pensé que, sans l'avoir demandé et rattrapé par la nécessité, on me destinait à l'enseignement chez ces demoiselles.
Eh bien non ! L'armée m'avait affecté à ce qu'on appelle sous son administration l'"infrastructure". Pas l'infrastructure au sens marxiste, bien sûr. L'infrastructure quoi ! l'entretien si vous préférez. L'orphelinat était hébergé dans un chateau du XIXe siècle, au milieu d'une forêt jouxtant la forêt de Fontainebleau. Parmi les quelques jeunes gens du "contingent" (les "appelés" je me permets de rappeler ce langage aujourd'hui disparu, puisque l'obligation militaire n'existe plus depuis le 1er janvier 1997) affectés dans cette institution, j'avais un alter ego qui était charcutier dans le civil. Cet expert n'était pas là par hasard puisqu'il avait pour fonction, avec un adjoint originaire de la campagne normande, de nourrir, d'entretenir et de débiter un cochon qui était essentiellement nourri des restes des demoiselles. (Le cochon, vous pensez bien, retournait sur la table sous forme de jambons et de rillettes.) Mon principal travail, à moi, demandait moins d'expertise, mais n'était pas dénué de poésie non plus puisqu'il consistait, pour l'essentiel, à balayer les feuilles de l'allée d'accès au chateau. Tâche absolument nécessaire à l'ordre square du jardin "à la Française" et symbolique aussi de cet éternel recommencement qu'est la vie humaine avec sa succession de saisons et de climatères (du grec klimax, échelle, qui donne l'expression, elle aussi passée de mode, âge climatérique, désignant la ménopause.)

Le château de Boulains (1867)

J'avais aussi pour tâche un autre travail lié aux cycles de la nature. J'en viens à mon sujet. Nous sommes dans un orphelinat de jeunes filles, je l'ai dit, et j'accompagnais la directrice quand elle allait en ville (à Meaux) pour faire provision de serviettes périodiques pour les demoiselles. Dans des circonstances que je ne peux pas préciser ici, j'ai donc remarqué (j'ai eu vent et j'ai eu confirmation, dirais-je on va voir que le nez et l'enquête scientifique ont partie liée dans cette affaire) qu'il existait une synchronisation des cycles menstruels chez les filles du pensionnat. Bon, vous le savez sans doute, cette observation avait déjà été faite. Chez les femmes vivant en collectivité, dans les couvents notamment, ou dans les prisons... Je venais d'inventer l'eau tiède.
Quand j'ai été "démobilisé" c'est le mot adéquat j'ai bien sûr essayé d'en savoir plus et j'ai trouvé un article qui constitue le premier document du dossier que je présente ici dû à une certaine Martha McClintock, publié en 1971 dans la revue Nature. Cette recherche pionnière, menée dans un internat de jeunes filles, mesurait, au terme d'une observation longitudinale, la synchronisation progressive des cycles ovariens des pensionnaires. Une chose, on le sait, est de faire une observation empirique c'est à la portée d'un soldat de deuxième classe autre chose est d'établir la réalité d'un fait, autre chose encore est de l'expliquer. On parle aujourd'hui de l'"effet McClintock" et Madame McClintock s'est de nouveau signalée à l'attention de la communauté scientifique en mettant en lumière, en 1998, soit près de trente ans après son premier article sur le sujet, le mécanisme de cette synchronisation dont les agents, qu'on sait volatils (j'y reviendrai) ne sont pas, à ce jour, exhaustivement identifiés.
- Qu'est-ce qui provoque cette synchronisation des cycles menstruels ? Et comment ?
Avec cette question des modalités opératoires se pose aussi celle de l'intérêt (de l'intérêt évolutif, j'entends) de cette synchronisation.
- Quel avantage (il s'agit bien entendu d'un avantage hérité, phylogénétique) peut-il y avoir pour une groupe de jeunes filles à ovuler en chur ?
Cadre de référence : oscillateurs couplés, synchronisation, société...
Ce sujet qui concerne l'infrastructure c'est le mot juste , le soubassement biologique de notre humanité, pose le problème plus général de la mise en phase et de la mise en conformité des êtres sociaux que nous sommes. On constate en effet que, dans le monde animal, beaucoup de phénomènes s'expriment en synchronie et selon diverses voies : les criquets stridulent à lunisson, les lucioles mâles émettent leur flashes en concomittance. Certains de ces comportements sont d'aillleurs susceptibles d'être induits par le manège d'un congénère : les chorus animaux, la ponte ou la construction du nid chez les oiseaux, pour ne pas parler de la pariade, sont de cette sorte. L'espèce humaine, où les phénomènes mimétiques sont nombreux, ne fait pas exception et on peut penser que la recherche des modalités de mise en phase en général touche aux mécanismes les plus profonds de l'organisation sociale et de la transmission culturelle. Il y a un intérêt évident à faire comme tout le monde ; au moins "pour ne pas se faire remarquer", comme on dit. En effet : que le mode de communication soit chimique, sonore ou sémantique, il n'y a pas de groupement, d'association, de société sans coordination.
Ce phénomène est d'ailleurs observable au niveau cellulaire : il concerne les neurones, les myocytes ou les cellules musculaires squelettiques striées. La respiration, la secrétion de l'insuline ou la pulsation cardiaque sont ainsi passibles de phénomènes de résonance électrophysiologique, comme le montre l'action du stimulateur cardiaque sur la fibrillation (action désynchronisée des cellules myocardiques auriculaires). Pour que le sang circule efficacement dans le corps, il faut que toutes les fibres musculaires du myocarde, commandées par une impulsion électrique, se contractent ensemble. Quand les impulsions électriques ne sont pas synchronisées, les fibres musculaires réagissent de manière anarchique, n'assurant plus la circulation du sang. "L'union fait la force"...
Un système simple de la mise en phase, c'est l'ordre, l'injonction, l'ordre intimé à des sujets qui sont a priori réceptifs et qui le comprennent de la même façon. Chacun sait que ce qu'on apprend à l'armée, pour l'essentiel, c'est à marcher au pas. Activité qui requiert une écoute et une synchronisation rigoureuse des individus. "L'armée va t'apprendre à vivre !" disait-on dans les chaumières au jeune rebelle ou aux "têtes dures" (aux têt' calebasses). Mettre au pas, c'est mettre au pas. Pour faire marcher la troupe comme un seul homme, il faut respecter un certain nombre de contraintes communicationnelles. À cet effet, les ordres sont proférés en deux temps. Un temps long qui prévient qu'un ordre va être donné "Gaaaarde..." et un temps bref et énergique qui constitue l'ordre en lui-même "...à vous !" ; "En avaaant.../ (M)arche !" ; "Demi-touuur.../ Droite !" En revanche, les signaux de désamorçage et de décomposition de la troupe ne sont pas binaires mais singuliers : "Repos !" ; "Rompez les rangs !..." Les êtres vivants étant généralement construits sur le principe de la symétrie bilatérale, la marche du bipède humain est un mouvement périodique caractérisé par un déphasage relatif (une symétrie temporelle) de valeur 0,5 : Gauche droite... gauche droite... (à la différence du saut du kangourou ou de la course en sac, où le déphasage est de valeur 0). Il suffit donc de partir du même pied (c'est le principal objet de l'apprentissage en question) pour produire cette harmonie si lourde de sens d'une troupe qui marche au pas cadencé. Le déphasage régulier étant d'une demi-valeur ce qui exclut les "canards boiteux" , il suffit, lorsqu'on a perdu le pas, de heurter avec la pointe d'un pied le talon de l'autre pied, avalant ainsi le contre-temps, pour recoller à la période (intervalle de temps séparant deux passages d'un système oscillant) et pour communier à cette eurythmie fusionnelle...
La mise en phase des individus produit un effet esthétique qui porte aussi des conséquences cognitives : "Quand j'entends les talons claquer, je sais que les cervelles s'envolent" a-t-on pu remarquer avec justesse (ce qui n'est pas seulement vrai des troupes qui défilent, mais aussi des spectateurs qui regardent le défilé). Le super-organisme qu'est la troupe est une sorte d'animal géant, un Golem qui obéit au doigt et à l'il du démiurge. "La discipline est la force principale des armées" apprend-on quand on fait "ses classes" et les trois motifs principaux de réforme sont le valgus hypotonique (les "pieds plats"), la déficience visuelle et une intelligence vraiment, mais vraiment très au-dessous de la moyenne. "Z'êtes plus con qu'la moyenne, vous ?" aboie vers celui qui ne suit pas le sergent qui initie les recrues. C'est le refrain connu : Dans la troupe, y'a pas d'jambe de bois / Y'a des nouilles mais ça ne se voit pas. Il suffit de comprendre le "sens de la manuvre", selon une formule passée dans le langage courant. Un bon instructeur sait faire parader sa troupe comme un seul homme...
Bon, même si on est ici dans l'infraculturel, on est dans la culture... J'aurais dû en effet commencer par rappeler qu'au-delà de son aspect conatif, la voix est un phénomène vibratoire. Le son est une vibration, mesurable par sa fréquence (nombre d'oscillations par seconde, exprimé en hertz). Si l'on émet, grâce à un générateur de son, une fréquence identique à celle d'un corps, celui-ci se met en résonance. La production de son synchrone est essentielle à l'harmonie du défilé. L'année où j'ai fait mon service militaire, l'armée avait équipé le biffin d'un nouveau type de chaussures, à la semelle en caoutchouc. Quelques mois avant le défilé du 14 juillet, on réalisa que ces chaussures étaient impropres à rendre la cadence d'une troupe parfaitement maîtrisée et défilant au pas : afffaire d'État. Il fallut équiper les chaussures de talonnettes en métal... Lorsqu'une troupe franchit un pont, il est d'ailleurs de règle de rompre le pas. Si la cadence du pas correspond, en effet, à la fréquence naturelle d'oscillation du pont, chaque pas est en mesure d'en accroître le balancement. C'est dans de telles circonstances que le Pont de Basse-Chaîne sur la Maine, près d'Angers, s'est effondré alors qu'une tempête soufflait, causant la noyade de 222 soldats et de 2 employés d'octroi. Un accident similaire est relaté en 1833, à propos du pont suspendu de Broughton, près de Manchester, ayant causé la mort de 40 soldats.


Le pont de la Basse chaîne, avant et après le passage du 11ième Léger, le 16 avril 1850.
Si la voix peut s'analyser physiquement (seule la voix imaginée de la Castafiore est en mesure de briser le cristal : la voix humaine, à la différence d'un générateur de son qui peut produire un tel résultat, combine plusieurs fréquences et n'est ni suffisamment pure ni suffisamment puissante pour briser le verre), elle est aussi chargée de sentiment. Indépendamment de la sémantique, strito sensu, passible de la double articulation, son onde sonore transmet des valeurs dont la résonance est émotionnelle. Lautisme paraît ainsi être caractérisé par une incapacité neurologique à distinguer la parole du semblable dont linterprétation mobilise des régions corticales spécifiques, le long du sillon temporal supérieur qui, en lespèce, restent inactives du bruit (Gervais et alii : "Abnormal cortical voice processing in autism", Nature Neuroscience 7, 801 - 802, 2004). Cette incapacité pourrait expliquer la difficulté des sujets autistes à interagir avec autrui et démontrer a contrario limportance de la communication prosodique (et de l'empathie) dans les interactions.
Parallèlement, ou concurremment au canal auditif, le canal visuel ne se révèle pas moins décisif dans l'empathie et la coordination sociale. La découverte fortuite, en 1992, des "neurones miroirs" (Rizzolatti, G., Fadiga, L., Gallese, V. and Fogassi, L. : 1996, "Premotor cortex and the recognition of motor actions", Cognitive Brain Research, 3, 131-141) dans laire F5 du cortex prémoteur ventral du singe (correspondant à l'aire de Broca chez l'homme) a donné matière à de nombreuses recherches qui suggèrent une fonctionnalité dédiée à l'interaction. Ces neurones miroirs sactivent, en effet, non seulement lorsque lanimal effectue un mouvement intentionnel (prendre des arachides posés sur une table, tourner une poignée pour ouvrir une porte), mais également lorsque lanimal voit un de ses congénères faire ce même mouvement. De surcroît, ces neurones réagissent essentiellement au stimulus visuel d'une interaction entre un agent corporel (main ou bouche, à l'exclusion d'un outil) et un objet cible. Ils se comportent comme des moyens de reconnaissance, non de simples mouvements, mais de conduites socialement significatives et semblent en mesure d'identifier, par empathie cognitive, les intentions des congénères. On a pu les qualifier de "neurones empathiques" (V. Gallese, "The roots of empathy", Psychopathology 2003 ; 36, 171-180) et expliquer sans charité l'altruisme, le désir de soulager la douleur d'autrui, par celui de porter remède à sa propre douleur. Cette mise en correspondance et en équivalence (qui se révèle à l'imagerie cérébrale par un recouvrement cartographique) entre perception et action (voir l'action c'est l'anticiper et neurologiquement l'accomplir) constitue déjà si, s'agissant du semblable, voir c'est faire, une action en commun qui peut constituer le substrat neuronal d'une synchronisation collective.
L'aptitude à percevoir les intentions, abondée par ce support commun à l'expérience d'une émotion et à la perception de cette expérience, joue un rôle essentiel dans l'ingénierie sociale. Et cette aptitude banale au demeurant ne pose problème à la théorie que si celle-ci se représente un sujet qui rayonne : qui perçoit, devine, anticipe et se met en phase, alors que si l'on inverse la proposition, si le sujet est conçu comme la rétraction d'une appartenance première, le paradoxe de la communication intersubjective s'évanouit. Quand il est question d'émotion, ce n'est pas l'individu qui est premier, c'est le groupe. Nous vivons ainsi, sans en avoir conscience, dans un bain collectif. C'est ce que met en évidence le mode opératoire de la contagion émotionnelle. Comment pourrais-je être affecté par la douleur d'autrui si cette douleur n'est pas déjà en quelque façon la mienne ? Pour que l'émotion se transmette sans décryptage analytique, il faut que ses expressions puisent à un même fonds. Quand on voit un personnage exécuter une action, on ressent ce qu'il ressent. C'est si vrai que la mimésis peut induire l'expérience émotionnelle du spectateur et que l'expression, consciemment ou inconsciemment imitée par un sujet, est en mesure de provoquer l'expérience émotionnelle qui lui correspond.
Nous sommes reliés par des fils invisibles. Invisibles parce qu'ils ne sont pas constamment signalés à l'attention, mais ostensibles et contraignants dès que la communication émotionnelle change de degré ou de nature. Le sens la sémantique sociale est un milieu physique, à la manière d'un bain dans lequel les informations se propagent comme des ondes, tout simplement parce qu'elles sont en résonance avec les récepteurs, comme les touches d'un piano dont le clavier serait actionné par un interprète, mais qui actionnerait en réalité tous les récepteurs accessibles. La quotidienneté permet de vérifier que le seul fait de considérer une personne ou que la simple présence engagent un processus automatique d'imitation et de simulation. L'émotion ne serait pas, en réalité, un phénomène subjectif se propageant dans le groupe ; elle ne se propagerait pas si elle ne préexistait pas virtuellement en chacun de ses membres : c'est le groupe en corps, révélé. La facilité de sa contagion démontre la fonction collective et la signification évolutive de l'émotion : ce n'est pas (seulement) moi qui suis ému, c'est le groupe, cette contagion signifiant que tout le groupe doit être ému quand un individu l'est : quand la nécessité de la contagion émotionnelle l'emporte sur toute autre considération. L'émotion intime la conduite à tenir en effectuant la synchronisation des individus. Ce qui vit et survit, ce ne sont pas les individus, c'est le groupe : un organisme composite, ochlos ou Léviathan qui marche d'un seul pas.
Quand il ne se passe rien, le simple maintien du contact suffit à la vie du groupe, "Je suis là, tu es là..." : les signaux phatiques garantissent la proximité du quotidien. Ce sont les signaux émis régulièrement dans les troupeaux de ruminants qui assurent le contact de membres spécifiés à l'intérieur du groupe. L'alerte n'est qu'une intensification d'un contact premier. Contact neutre, peut-être, sans intensité, sans contenu qui sorte de l'ordinaire. R.A.S. Cette emprise du "nous" sur le "moi" est engagée dès qu'un semblable paraît. Le cerveau catégorise dès la naissance la perception des personnes et la perception des objets. Mais la communication elle-même, l'émotion, n'est pas intellectuelle, elle est hormonale. On pointe ici vers une réalité où la recherche empirique des fondements de la reconnaissance de l'autre homme nous a déja conduit (voir : chapitre 19.7 Territoire, proxémie, proximité : le proche et le lointain et s.) : le constat de ces liens invisibles qui nous relient au semblable, qui nous font communs avant d'être nous-mêmes et tels que ce qui affecte un individu affecte l'autre (voir : chapitre 9.1 : La culture des analgésiques et lindividualisme : quelques données pour une approche anthropologique et culturelle de la douleur). La présence d'autrui modifie radicalement la valeur de l'environnement... Si regarder, c'est faire, je suis l'autre dès que je le considère. C'est, à l'opposé de ce qu'enseigne la psychologie, le "décrochage" de ce train de la société qui doit être appris : un empêchement à imiter et à suivre où se forge l'identité individuelle. Les processus cognitifs supérieurs l'esprit critique se développent ainsi, à la faveur des capacités inhibitrices du lobe frontal, dans la suspension de ce mode émo-mimétique caractérisé par la contagion. Esse est percipi aut percipere. ("Être, c'est être perçu ou percevoir.")
La valeur évolutive de l'imitation est démontrée par sa nature innée, comme l'ont mis en évidence les travaux de Meltzoff et Moore, en 1977 ("Imitation of facial and manual gestures by human neonates", Science, 198, 75-78 ; voir : Introduction au débat de l'empirisme et de l'innéisme). Cette faculté porte en effet les capacités d'apprentissage, mais commande également les structures fondamentales de la pulsation sociétale. Formatrice, elle enferme aussi l'individu dans un panel d'attitudes et de comportements avérés, socialement validés. Il ne cherche d'ailleurs généralement pas à s'en émanciper puisque ceux-ci assurent la paix civile (avec les semblables) et la paix aux frontières (avec les autres), l'homogénéité du groupe garantissant sa survie et lui permettant de persévérer dans son être. Imiter est vraisemblablement le mode majeur du cerveau humain. "Mais les braves gens n'aiment pas que / L'on suive une autre route qu'eux"... chante le poète, qui ne fait "pourtant de tort à personne /En suivant [s]on chemin de petit bonhomme"... L'exception, l'irrégularité, la déviance font immédiatement sens dans cette uniformité. Si, en effet, la communication muette consiste dans le partage de standards sociaux, somatiques, psychologiques périodiquement réaffirmés dans les rites (et qui font l'objet de l'éducation les fondamentaux de la culture), alors l'irruption de la différence, a fortiori son ostentation, déclenchent un cataclysme social. Dans un verre d'eau, quand il est sans danger et qu'il provoque le rire (voir chapitre 12.1 : La chimie du rire ; chapitre 7 : Rire et démocratie : la comédie d'Aristophane) : la crise se résout dans un spasme physique, un rire, éventuellement collectif, qui consiste en une décharge de munitions à blanc, une fantasia ; un cataclysme autrement de conséquence quand il mobilise physiquement les individus dans des rites d'exclusion ou d'expulsion (voir chapitre 2.04 : Apollon, dieu Septime, chapitre 14 : Morale et handicap, chapitre 17.3 : Trois expressions de l'antisémitisme).
Si le nouveau-né de quelques heures est en mesure d'imiter les mimiques faciales, c'est que l'imitation, compétence fonctionnelle enracinée en l'homme, assure sa socialisation et sauve l'individu de la dérive. La société tient ses membres par l'imitation. Les rites de réfection sociale, on l'a dit, réaffirment les "communs". C'est le cas de ces rites de soudure où le groupe se reconstitue dans des saturnales panmictiques. Tel le rite malgache du lapabe qui s'observe lors du bain royal, ou le rituel Sakalave, quand les unions sexuelles se font sans égard à la parenté, les femmes ayant mis leur lamba sur la tête, ou sans distinction de caste, au Tamilnadu, lors des fêtes célébrées en l'honneur de Sokka-lingam et de sa femme Minâtchi, selon un missionnaire du Maduré qui entend résumer la "religion indoue" (un "libertinage divinisé", en réalité) et qui précise au préalable à son destinataire que les noms de ces deux divinités sont "infâmes dans leur signification" :
Et quelle fête ! O mon père ! vous me demandez s'il y a ici des mystères secrets et impurs, comme chez les anciens païens ? Oui, ce mystère existe avec toutes ses orgies ; l'homme est partout le même, et le démon n'a pas à changer sa tactique ; le mystère existe
avec cette différence qu'ici il n'est pas secret ; il s'accomplit au grand jour ! Mais tirons le voile sur ces scènes dégoûtantes
je vous épargne ces chants, ces cris confus, ce pêle-mêle où la distinction des castes est suspendue, ce désordre digne de l'enfer [...]
(Lettres édifiantes et curieuses de la nouvelle mission du Maduré, par le P. J. Bertrand, 1865, Privat).
L'échangisme et les orgies des "civilisés" sont peut-être aussi portés par ce même intérêt collectif. Ce retour au désordre programmé est une réfection de l'ordre qui résout la tension de l'individuel et du social en un brassage qui subvertit l'endogamie de classe ou de caste, la fidélité au lignage, mais aussi les interdits de proximité. La sélection naturelle reprend ses droits sur la sélection sociale.
La Vadin-Bé [de Radama] fut Rassalimi, princesse skalave, dont il eut une fille, Rakéti. Toutes deux vivent aujourd'hui paisiblement à Tananarivou. Les noces du roi et de Rassalimi [en 1822] furent célébrées avec une pompe extraordinaire ; et, le soir venu, tandis que la foule assiégeait le palais, Radama, du haut de son balcon, fit un geste pour imposer le silence. "Trarantitra ! masina hianao !" ("Vivez longtemps ! soyez consacré !") cria le peuple. "Trarantitra", répondit Radama ; puis au milieu du calme profond et respectueux de la multitude, le roi ajouta un mot, un seul mot [lapabe ? valabe ?]... Ce mot fut répété immédiatement par toutes les bouches, avec un tumulte effroyable de rires et de cris perçants, et l'on vit alors s'exécuter à la minute, sur place, la plus fabuleuse orgie dont l'imagination puisse se faire idée. Il y avait peut-être deux cent mille individus rassemblés à Tananarivou et autour de la ville pour la fête des noces royales. Ce fut un mélange confus, universel, les esclaves avec les libres, les gens du peuple avec les nobles ; nul n'aurait eu le droit de protester contre l'ordre sacré du roi, et le maréchal Brady lui-même dut se voir enlever sa femme sous ses yeux sans rien dire (Je n'ai pas besoin de dire que c'était une femme hoova.) Il n'y avait d'exception que pour les épouses royales. On conçoit ce que dut un pareil acte exciter d'indignation et de dégoût parmi les Européens. Le lendemain, Hastie et les missionnaires se rendirent auprès du roi et protestèrent avec sévérité contre l'odieuse action qu'il avait commandée. Radama rit beaucoup ; il leur dit que c'était là un vieil usage de sa tribu dont les chefs autorisaient la pratique dans quelques rares circonstances, et qu'il avait cru devoir faire cet honneur à la princesse sa femme. Du reste il promit que ce fait ne se reproduirait plus et il déclara en effet, par une loi spéciale, l'abolition définitive de cette fête de Bacchanales.
Désiré Laverdant, Colonisation de Madagascar,
préfacé par R. Le Pelletier de Saint-Remy, 1844, pp. 84-85.
Le sergent Hastie, envoyé par Farquhar pour représenter les intérêts britanniques près de Radama et dont l'arrivée à la capitale, en août 1817, paraît avoir été planifiée par ce dernier pour coïncider avec la célébration de la nouvelle année, jouera sa part dans le rituel, probablement sans en mesurer la signification, quand le roi lui enverra sa première épouse, au lendemain de cette alin-drasty, nuit du chaos où les relations prohibées sont permises avant que ne commence la nouvelle année. (voir Pier M. Larson, 1997 : A cultural politics of bedchamber construction and progressive dining in Antananarivo : ritual inversion during the Fandraona of 1817, Journal of Religion in Africa, XXVII, 3, 239-269)

Hastie, Musée du Palais de la Reine
Cette mise en corps du groupe vaut aussi avec les défunts, lors des rituels funéraires, quand la foi du souvenir, l'émotion contagieuse de la remémoration tient lieu de ciment générationnel, ou quand les descendants font rituellement corps avec la dépouille d'un parent, en ce moment de tension extrême du famadihana malgache, par exemple, quand le corps, sorti de son caveau, est porté sur les genoux de ses descendants, touché et prié avec une dévotion proche de la transe. Ces "états modifiés de conscience" (pour user d'une expression générique) qui peuvent mettre en communion les esprits, les vivants, les morts, le passé et le présent, le naturel et le supra-naturel sont aussi des phénomènes de fusion étymologiquement paniques.
Trois types de synchronisation peuvent être distingués sous ce registre émotionnel :
- Banale, basique, quand "tout baigne", la fonction phatique assurant la continuité des unités, la solidarité. Ce sont ces civilités dont s'amuse Coluche : "Moi ça va Toi ça va ? Moi ça va Toi ça va ? Moi ça va Toi ça va ? ...", questions et réponses qui ne comportent ni question ni réponse quand on fait les questions et les réponses.
- Conjoncturelle : l'émotion se manifeste expressément quand les processus inhibiteurs qui définissent l'individualité, le quant à soi, etc... sont levés : chatouillements ; rire ; émotion patriotique.
- Mais la régularité est alertée par l'irrégularité. La soudure organique fait l'objet des rituels et notamment des rituels d'exclusion. Refaire l'unité, la similitude, se refaire sur le dos de la différence. L'exception focalise la vindicte identitaire et conforte la pulsion mimétique. Exemple de l'Oiseau bariolé (infra)...
Un jour, il prit au piège un gros corbeau, barbouilla ses ailes de rouge, sa gorge de bleu et sa queue de vert. Quand il vit une bande de corbeaux survoler notre cabane, il lâcha son souffre-douleur. À peine eut-il rejoint ses congénères quune lutte à mort sengagea. De tous côtés on sacharna sur limposteur (...) Les corbeaux prenaient de la hauteur, et soudain nous vîmes leur victime tomber en vrille dans les labours (...) Ses frères lui avaient crevé les yeux et du sang ruisselait sur son plumage. Après un dernier effort pour sarracher à la terre gluante, ses forces labandonnèrent.
Jerzy Kosinski,
LOiseau bariolé
Le poison devient remède, comme l'exprime la dualité du pharmakos. Ce qui spécifie homo sapiens, ce sont les rites "préventifs", supposés prévenir le dérèglement, la fibrillation sociale. Indépendamment des rites conjoncturels, les rites réguliers, sessions de réfection sociale mettant en uvre une contagion émotionnelle, sont une liturgie de réassurance de la régularité.
Pour conclure cette approche générale et si l'on essaie de mettre un peu d'ordre dans ces divers domaines et dans ces divers modes opératoires, il faut bien sûr distinguer les synchronisations intercellulaires au sein d'un même organe (les fibres du cur qui provoquent la contraction, les cellules du pancréas qui produisent l'insuline...) et les synchronisations, a priori plus problématiques, entre les organismes ou les individus, celles-ci pouvant être mécaniques : quand un signal est donné (électrophysiologique, phéromonal, rythmique, sémantique) ou émotionnelles (contagion mimétique) : baillement, rire, frisson sacré des réquisitions patriotiques, etc. quand bien même les modes opératoires peuvent être identiques.
L'hypothèse des phéromones humaines
McClintock pose l'existence de deux signaux aux effets opposés : l'un qui accélère l'ovulation, l'autre qui la retarde. Un modèle mathématique permet de comprendre comment la conjonction de ces deux signaux produit la synchronisation de l'strus.
Les phéromones [pherein (transporter) et hormôn (exciter)] sont des signaux chimiques de reconnaissance et l'existence des phéromones humaines, vous le savez, est discutée. Le naturaliste Jean Henri Fabre (1823-1915 ; voir chapitre 18.4 : Foi d'animal ! : Vérité du bestiaire dans la fable et le conte) avait observé, chez les papillons de nuit, qu'une seule femelle pouvait attirer des centaines de mâles et que cette attraction cessait lorsqu'on l'enfermait sous une cloche étanche (Souvenirs entomologiques, 1900, VIIème Série, chapitre 23). Il en avait conclu que l'appel était olfactif. Mais, au vu de la distance en cause, il invoquait aussi des "radiations inconnues". On peut considérer Fabre comme le découvreur de l'action des phéromones.

Le Grand-Paon
Adolf Butenandt (1903-1995) [c'est le principal découvreur de hormones sexuelles] identifie et établit la formule chimique de la substance concernée en travaillant sur le Bombyx mori, le papillon du ver à soie (il utilise 300.000 femelles à cette fin). C'est un alcool gras non saturé, qu'il baptise le Bombykol. Soumis à des concentrations élevées, le mâle se nettoie les antennes, fait vibrer ses ailes et fait des mouvements de copulation à vide.
Les phéromones sont des substances émises par la plupart des animaux (et certains végétaux) qui agissent comme des messagers sur des individus de la même espèce. Elles opèrent en quantités infinitésimales et peuvent être transportées et perçues à plusieurs kilomètres. Chez les mammifères et les reptiles, les phéromones sont détectées par l'organe voméronasal, tandis que les insectes utilisent généralement leurs antennes à cette fin : nous avons tous observé des fourmis égarées recoller au peloton (à la file) après avoir "palpé l'air" de leurs antennes.
Les phéromones sont des substances chimiques comparables aux hormones. Quand les hormones classiques (insuline, adrénaline, etc.) sont produites par les glandes endocrines, les phéromones sont généralement produites par des glandes exocrines, ou portées par l'urine. Elles peuvent être volatiles (perçues par l'odorat), ou agir par contact (ce sont les composés cuticulaires des insectes, par exemple, perçus par les récepteurs gustatifs). Elles jouent un rôle primordial lors des périodes d'accouplement, et chez certains insectes sociaux, telles les fourmis ou les abeilles, elles se révèlent nécessaires au bon fonctionnement du groupe. Les phéromones sexuelles des insectes sont spécifiques et contribuent à l'isolement reproducteur. Elles définissent l'espèce.
Émission / Réception
Les mammifères détectent les phéromones grâce à un organe spécialisé dit organe voméronasal qu'on pensait vestigiel chez l'homme et dont la fonction, si elle existe, est discutée. Cet organe est relié à l'hypothalamus dans une zone qui contrôle le système endocrinien responsable de la physiologie sexuelle et du comportement reproducteur. La communication humaine est principalement visuelle et auditive. Il est admis que la station droite et le développement des facultés cognitives aient libéré homo sapiens de cette dépendance. Parmi les odeurs émises et interprétées par l'homme on ne sait, non plus, si une partie des odeurs interprétées l'est de manière inconsciente. Identifier une action phéromonale requiert plusieurs conditions : identifier le signal, identifier l'organe qui a interprété ce signal et décrire les mécanismes physiologiques et comportementaux induits par ce signal.
Effet Lee-Boot : Lorsque des souris femelles vivent en groupe (sans mâle), leur cycle ovarien se ralentit et s'arrête.
Effet Whitten : Si ces souris femelles sont ensuite exposées à un mâle adulte (ou à l'odeur de son urine), l'ovulation redémarre et les cycles se synchronisent.
Effet Vandenberg : La présence d'un mâle adulte étranger entraîne une accélération du déclenchement de la puberté chez les rats femelles. Ceci a également été rapporté pour le cas de jeunes filles cohabitant avec un beau-père.
Effet Bruce : Lorsqu'une souris pleine partage sa cage avec un mâle qui n'est pas le géniteur, elle risque fort d'avorter. Elle redevient alors rapidement fécondable.
La première approche expérimentale de ce phénomène a été effectuée par Martha McClintock en 1971. Des observations empiriques anciennes de femmes vivant en collectivité font état d'une synchronisation des cycles menstruels. Il s'agissait d'en éprouver la réalité. L'étude de McClintock a porté sur des jeunes femmes partageant le même dortoir (ou les mêmes chambres) pendant plusieurs mois (135 jeunes femmes, âgées de 17 à 22 ans, pensionnaires d'un collège féminin). Son observation met en évidence une synchronisation progressive des cycles menstruels au cours de l'année scolaire. L'étude laissait entière la compréhension du mécanisme de l'action en cause. Mais, en permettant d'écarter expérimentalement les hypothèses de la photosynchronie, de l'effet du contact avec des individus de sexe masculin ou de la maturation sexuelle des sujets étudiés, elle validait a contrario l'hypothèse phéromonale.
Le modèle animal a permis de conforter l'hypothèse d'une telle action (1992). En exposant des rats femelles à un flux d'air portant les messages chimiques d'un animal émetteur situé à l'amont du flux, on constate l'effectivité de deux actions, effectivité qui permet de postuler l'existence de deux signaux : l'un qui accélère l'ovulation de l'animal receveur et l'autre qui la retarde, la conjonction de ces deux signaux produisant une synchronisation de l'strus.
[références de l'article : A coupled-oscillator Model of Ovarian-cycle Synchrony Among Female Rats, Jeffrey C. Schank and Martha K. McClintock. J. theor. Biol. 1992, 157, 317-362.]
Ce modèle a été mis en uvre par Martha McClintock et Kathleen Stern (1998) sur des cobayes humains. On fait porter des tampons de coton sous l'aisselle de sujets émetteurs. Le produit est déposé sur la lèvre supérieure du sujet récepteur où il doit rester pendant six heures. La procédure est répétée chaque jour pendant deux cycles successifs.
Les substances prélevées en phase folliculaire accélèrent le moment de l'ovulation chez les femmes réceptrices (et raccourcissent la durée leur cycle).
Les substances prélevées le jour de l'ovulation ou les deux jours suivants retardent l'ovulation chez les réceptrices (et allongent la durée du cycle).
Plus précisément, des femmes ayant une durée normale et régulière du cycle menstruel voient leur cycle réduit de 1,7 ± 0,9 jours lorsqu'elles sont exposées quotidiennement et pendant deux cycles consécutifs à l'odeur axillaire de femmes en phase folliculaire, tandis que le cycle est augmenté de 1,4 ± 0,5 jours lorsque la donneuse est en phase ovulatoire.
L'effet est donc établi, on peut conclure que le corps féminin secrète des substances qui agissent sur le cycle ovarien et que la sueur axillaire porte un agent qui reste à identifier auteur de la synchronisation en cause.
La question se pose de l'intérêt évolutif de cette synchronisation. McClintock (1992 : 357), après avoir rappelé que l'oscillateur couplé qu'elle a mis en évidence est en mesure de réaliser la synchronie mais aussi l'asynchronie des cycles ovariens, remarque qu'un tel dispositif permet une adaptation optimale aux conditions environnementales et que la réponse tient vraisemblablement dans les possibilités de modulation des stratégies de reproduction.
Je rappelais tout à l'heure qu'il était interdit de spécifier le genre sur une offre d'emploi. Je compléterai cette remarque en notant qu'on estime aujourd'hui à plus de trois millions le nombre d'enfants nés par PMA dans le monde. C'est aussi cela la "libération de la femme", la démythification des "mystères féminins", avec ses valences négatives mais aussi positives. Une dépossession qu'exprime une phrase qui circule sur internet, empruntée à un ouvrage intitulé La terre des femmes et ses magies, précisément : "Règles confisquées, fécondité oubliée, maternité ajournée, ménopause différée, rythmes féminins gommés, une femme semblable à l'homme doit naître". Le déplacement de la fécondation in vivo (avec tous les fantasmes de la reproduction) à la fécondation in vitro ne démythifie pas seulement le ventre féminin (on sait que ce n'est pas la mère qui fabrique l'enfant, qui pourrait théoriquement se développer hors du corps maternel ; elle l'héberge et le nourrit), elle est en mesure, peut-être, de permettre l'assomption de la personne.
- Laverdant, D., 1844, Colonisation de Madagascar, préfacé par R. Le Pelletier de Saint-Remy. Paris.
- Le Naour, J.-Y. et Valenti, C., 2001, "Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque", Clio, numéro 14, Festins de femmes, [En ligne : URL : http://clio.revues.org/document114.html].
- Queneau-Sébille, M.-Ch., 1986, "Enquête sur le vécu des règles", Université de Paris V, Thèse de médecine.
- Wosselmann, F., 1936, La Menstruation, l'Expansion scientifique française. Paris.
Documents pédagogiques :
1er document :
Menstrual Synchrony and Suppression
by MARTHA K. McCLINTOCK
Department of Psychology,
Harvard University, Cambridge, Massachusetts 02138
(NATURE VOL. 229 JANUARY 22 1971)
N. B. Italiques et caractères gras sont ajoutés au texte original pour faciliter la lecture.
Synchrony and suppression among a group of women living together in a college dormitory suggest that social interaction can have a strong effect on the menstrual cycle.
STUDIES of the influence of pheromones on the oestrous cycles of mice(l-4), and of crowding on variables such as adrenalin production in mice and other species(5) have suggested that social grouping can influence the balance of the endocrine system. Although there has been little direct investigation with humans, anecdotal and indirect observations have indicated that social groupings influence some aspects of the menstrual cycle. Menstrual synchrony is often reported by all-female living groups and by mothers, daughters and sisters who are living together. For example, the distribution of onsets of seven female lifeguards was scattered at the beginning of the summer, but after 3 months spent together the onset of all seven cycles fell within a 4 day period.
Indirect support is given by the investigation of Collet et al.(6) on the effect of age on menstrual cycle patterning. A higher percentage of anovulatory cycles were reported for college age women than for older women. Although Collet et al. attributed this to a maturational factor, it is interesting that most of the college aged women attended all female schools. Considering the parallel with the Lee-Boot effect in mice(1) (groups consisting only of females become pseudopregnant or anoestrous), it seems possible that an interpersonal factor is operating together with the maturational factor.
Subjects were 135 females aged 17-22 yr all residents of a dorrnitory in a suburban women's college. The dormitory in which they resided has four main corridors each with approximately twenty-five girls living in single and double rooms. Six smaller living areas, separated from the main corridors by at least one door, each house approximately eight girls in single rooms.
Three times during the academic year, each subject was asked when her last and second to last menstrual periods had begun; thus the date of onset was determined for all cycles between late September and early April. The average duration of menstruation and presence of dysmenorrhoea were noted. In addition, subjects estimated how many times each week they spent time with males (for example, dating, visiting informally or conversing at legnth with male professors) and listed by room number the girl (N <= 10) with whom they spent the most time, indicating which two of these they saw most often.
The date of menstrual onset was compared for room mates and closest friends, for close friend groups and for living groups. Two people qualified as "closest friends" only if both had indicated that they saw each other most often. While menstrual cycle timing in women using birth control pills is individually invariant, these women were still included in the analysis, because their influence on the menstrual cycles of the others was unknown. For room mates and closest friends, the difference between the date of onset in October for one arbitrarily chosen member of the pair and the closest date of onset the other was calculated. This difference was compared with a difference for March calculated in a similar way, but with one change : instead of choosing the closest onet date for the pair, both onsets for March were chosen to follow the initial October onset by an equal number of cycles. For example, if onset 6 occurred on March 10 for the first member of the pair, and onsets 5 and 6 for the other member occurred on March 1 and March 29 respectively, then the March 10 and March 29 dates were used to calculate the difference in onset. This procedure was used to minimize chance coincidences that did not result from a trend towards synchrony.
The Wilcoxon matched-pairs signed-ranks test(7) was used to test for a significant decrease in the difference between onset dates of room mates and closest friends. This test utilizes both the direction and magnitude of change in differences and is therefore a relatively powerful test.
There was a significant increase in synchronization (that is, a decrease in the difference between onset dates) among room mates (P <= 0.0007), among closest friends (P <= 0.0003) and among room mates and closest friends combined (P <= 0.0003). The increase in synchrony for room mates did not differ significantly from the increase for closest friends. The increase in synchrony was further substantiated by non-overlapping confidence intervals, calculated for the median difference on onset dates(8) (Table 1).
This synchrony might be due to some factor other than time spent with an individual; Koford(9) has attributed synchrony of the breeding season in Macaca mulata on Cayo Santiago to common seasonal changes in available food. The fact that the subjects generally eat as a dormitory group in a common dining room might be a significant factor in creating synchrony. A similar life pattern and common, repeated stress periods might also effect synchrony. Subjects were therefore randomly paired and tested for synchrony within the dormitory as a whole, but no significant trend (N.S., P <= 0.8) was found, and the confidence intervals for the median difference in onset date overlapped completely.
Group synchrony was also investigated and the data were analysed to verify that the decrease in difference between onset dates was a true measure of synchrony. All subjects were divided into fifteen groups of close friends (5<= N <= 10), using the lists of close friends made by each subject. During the interview, it was stressed to each subject that her list of "close friends" should include the people she saw most often und with whom she spent the most time, not necessarily those with whom she felt the closest. But because there is usually some overlap, the term "close friends" was adopted. Only subjects who mutually listed each other were included in a group.
A mean onset date (Mt) was determined for each group in October, late November, January, late February and April. As before, the onset dates (Xt) being compared, each followed the October onset (Xt) by an equal number of cycles. The mean individual difference from the group onset mean was determined for each group and compared across time in two ways. First, a linear rank method, designed by Page(10) to test ordered hypotheses for multiple treatments, showed a significant decrease in individual differences from the group onset mean for close friend groups (P <= 0.00l). Second, a graph of this decrease as a function of time (Fig. 1) indicated that the greatest decrease occurred in the first 4 months with little subsequent change. This asymptotic relation indicated that the decrease in difference between onset dates was indeed an increase in synchrony for close friend groups.
Usually those who considered themselves close friends lived together. Because this was not always the case, however, subjects were divided into thirteen living groups (5 <=N <= 12), solely on the basis of arrangement of rooms, to test the importance of geographic location. When grouped in this way, there was no significant increase in synchrony within groups.
Dewan(11) has suggested that the menstrual cycles of monkeys around the equator are synchronized because each cycle is locked in phase with the Moon. As the production by the pineal gland of a substance which inhibits the action of luteinizing hormone is suppressed by light, the continuous light of nights with a full Moon would facilitate ovulation across a group of monkeys and induce synchrony. This suggests that the synchrony in close friend groups and among room mates comes from a common light-dark pattern, perhaps with common stress periods in which the subjects may stay up for a large part of the night. It would be expected that if synchrony arose from common light-dark cycles, room mates would exhibit a more significant amount of synchrony than do closest friends. The opposite trend was found, however, although it was not significant (room mates, P <= 0.007; closest friends, P <=0.003). It does not seem likely therefore that a photoperiodic effect is a significant cause of synchrony. This is further supported by the lack of significant synchrony in random pairings in the dormitory.
Paralleling the Whitten effect in mice(3) (in which suppression of oestrus in groups of females can be released by the introduction of a male pheromone) synchrony may result from a pheromonal interaction of suppression among close friend groups, followed by a periodic release due to the presence of males on the weekend. However, this would be insufficient to explain the synchrony which occurred among room mates and close friends, but did not occur throughout the dormitory.
Some additional pheromonal effect among individuals of the group of female would be necessary. Perhaps at least one female phéromone affects the timing of other female menstrual cycles.
Another possible source of synchrony might be the awareness of menstrual cycles among friends. A sample taken from the dormitory, however, indicated that 47% were not conscious of their friends' menstrual cycles, and, of the 53% who were, 48% (25% of the total) were only vaguely aware.
The significant factor in synchrony, then, is that the individuals of the group spend time together. Whether the mechanism underlying this phenomenon is pheromonal, mediated by awareness or some other process is a question which still remains open for speculation and investigation.
Subjects were divided into two groups: those who estimated that they spent time with males, once, twice or no times per week (N = 42), and those who estimated that they spent time with males three or more times per week (N = 33). Borderline cases and those taking birth control pills were discarded. After testing for homogeneity of variance, the mean cycle length and duration of menstruation was compared using Student's t test. Those who estimated seeing males less than three times per week experienced significantly (P <= 0.03) longer cycles than those of the other group whose mean cycle length corresponded with national norms (approximately 28 days)(12). There was no significant difference in duration of menstruation itself (P <= 0.2, Table 2).
The possibility that the results were confounded by a maturational factor was tested, as subjects included members of the freshman, sophomore, junior and senior classes. The subjects were regrouped and compared according to class: underclassmen were compared with upperclassmen. There was no significant difference in cycle length (underclassmen 29.6 ± 5.6 days; upperclassmen 29.9 ± 5.7 days).
Exposure to males may not be the significant factor. It may be, for example, that those with longer cycles are less likely to spend time with males. However, many subjects spontaneously indicated that they became more regular and had shorter cycles when they dated more often. For example, one subject reported that she had a cycle length of 6 months until she began to see males more frequently. Her cycle length then shortened to 4.5 weeks. Then, when she stopped seeing mates as often, her cycle lengthened again. Whether this is due to a pheromone mechanism similar to the Lee-Boot effect in mice(1) has yet to be determined.
Although this is a preliminary study, the evidence for synchrony and suppression of the menstrual cycle is quite strong, indicating that in humans there is some interpersonal physiological process which affects the menstrual cycle.
I thank Professor Patricia Sampson and Monty Slatkin for help in preparing the manuscript.
Received July 28,1970.
1 Van der Lee, S., and Boot, L. M., Acta Physiol. Pharmacol. Neerl., 5, 213 (1956).
2 Whitten, W. K., J. Endocrinol., 18, 102 (1959).
3 Whitten, W. K., Science, 16, 584 (1968).
4 Parkes, A. S., and Bruce, H. M., J. Reprod. Fertil., 4, 303 (1962).
5 Thiessen, D., Texas Rep. Biol. Med., 22, 266 (1964); Leiderman, P. H., and Shapiro, D., Psychobiological Approaches to Social Behavior (Stanford University Press, 1964).
6 Collet, M. E., Wertenberger, G. E., and Fiske, V. M., Fertil. Steril., 5, 437 (1954).
7 Siegal, S., Nonparametric Statistics for the Behavioral Sciences (McGraw-HilI, New York, 1956).
8 Naîr, K. R., Indian J. Statistics, 4, 551 (1940).
9 Koford, C. B., in Primate Behavior; Field Siudies of Monkeys and Apes (edit. by Devore, 1.) (HoIt, Rinehart and Winston, New York, 1965).
10 Page, E. B., Amer. Stat. Assoc. J., 58, 216 (1963).
11 Dewan, E. M. Science Tech.. 20 0969).
12 Turner, C. D., General Endocrinology (Saunders, Philadelphie, 1965)
Human pheromones
Communication through body odour
(Aron Weller)
Human communication is dominated by auditory and visual information. In contrast, many animals use smell to communicate - both immediate and long-term effects of chemical signals' have been documented within many species, from yeasts to mammals. This contrast raises two questions. Are humans well-equipped for broadcasting and receiving social chemical messages ? And do we communicate through such messages ? A study reported by Stern and McClintock(1) on page 177 of this issue suggests that the answer to both of these questions is 'yes'.
Almost 40 years ago, Karlson and Luscher(2) coined the term pheromone, meaning a chemical that, when emitted from one animal, exerts a behavioural or physiological response in another animal of the same species. Releaser pheromones stimulate rapid behavioural changes, whereas primer pheromones result, through the neuroendocrine system, in delayed physiological or behavioural changes. Other, information pheromones are indicators of an animal's identity or territory.
Mammals usually (although not exclusively) detect pheromones through receptors found in a specialized structure called the vomeronasal organ (VNO). This is a small tubular structure lined with receptor cells, and it is close to the nasal cavity. Pheromonal information sensed by the VNO is transferred to the accessory olfactory bulb and other regions of the brain, including the anterior part of the hypothalamus. This region controls the neuroendocrine systems responsible for aspects of reproductive physiology and behaviour(3, 4). The VNO-to-brain pathway constitutes the accessory olfactory system, and it is distinct from the main olfactory system, the receptors for which are in the olfactory epithelium in the nose.
Until a few years ago, the human VNO was considered to be atrophied in adults. However, a clearly identifiable VNO was then found near the base of the nasal septum in adults(4). Initial studies applying chemicals derived from adult human skin to the VNO showed changes in the autonomic nervous system and the periodicity of follicle-stimulating hormone and luteinizing hormone from the pituitary gland(4, 5). These results indicate that a potentially functional VNO-hypothalamic-pituitary-gonadal axis exists. But can human actually use this system to process and respond to chemical signal emitted by other humans ?
Human, like other animals, emit odours from many parts of their bodies(4, 5). Personal body odour represents secretions from several types of skin gland, most of which are concentrated in the underarm (axillary) area(7). The biochemical composition of these secretions (and the resulting individual body odour) depends on genetic, hormonal, metabolic, dietary, psychological, social and environmental influences(6). It is not known whether the olfactory signals from an individual's secretions are perceived consciously, and processed through the main olfactory system, or whether a portion of the signals are pheromones, which are presumably processed unconsciously through the accessory olfactory system.
Studies have shown(8) that a mother can identify the odour of her newborn infant or older child by smelling a T-shirt worn previously by the child, correctly discriminating it from a shirt worn by another child of the same age. In turn, infants prefer breast or axillary pads from their own mothers over pads from unfamiliar mothers. Moreover, children discriminate and prefer their mother's odour, and the body odours of other kin (such as siblings and grandchildren) can also be differentiated(6). Thus, body odours can provide important identifying information in humans. But can they serve as releaser or primer pheromones ? More specifically, can chemical signals from one human be detected by another without being consciously experienced as an odour ? And might they have immediate, or delayed, effects on the neuroendocrinological reproductive systems of other humans ?
Research pioneered by McClintock almost 30 years ago(9) showed that the menstrual cycles of women who are room-mates or close friends tend to converge over time. This suggests that some factor related to social closeness and interaction can shift the timing of the biological clock in the brain that determines ovulation and cycling. The function of this phenomenon - menstrual synchrony(10) - is unclear(11). It has often been quoted as evidence for (primer) pheromonal communication in humans. However, this conclusion is incorrect because the mode of communication between women that results in synchrony is unknown. Although VNO olfaction has been proposed as the most likely candidate, it is also possible that menstrual synchrony is mediated by visual or auditory signals, through mutual social activities, similar daily schedules or exposure to similar stimuli.
Since her initial report(9), McClintock has been examining reproductive behaviour in rodents. By isolating female rats in cages connected only by a common air supply, she showed(12) that the donor rat produces one signal that accelerates ovulation (and shortens oestrus) in the recipient, and another signal that has the opposite effects. Aided by a computer simulation, Schank and McClintock(13) proposed a model of how the two signals interact to produce oestrous synchrony. The model spans three levels of organization - the group, the rat and the neuroendocrine component - and relies on two hypothetical pheromones, one that delays and one that advances the phase of the ovarian system. This model is in accordance with other diverse biological systems that show synchronization of cycles, such as the flashing of fireflies.
Stern and McClintock(1) now provide support for the generality of the previous model. They collected body odour on cotton pads from female donors. The pads were wiped above the upper lips (under the noses) of other women (recipients), who were asked not to wash their faces for the next six hours. This procedure was repeated daily over two continuous menstrual cycles. The authors found that the biological clocks of the recipients were affected the timing of their ovulation and menstruation were systematically changed. Specifically, axillary odours from women in the follicular phase of the ovulatory cycle shortened both the time to ovulation and the length of the menstrual cycle in the recipients. Odours taken on the day that the donors ovulated (and the next two days) delayed ovulation and lengthened the total cycle of the recipients (Fig. 1). These phase-advancing and phase-delaying effects show that human axillary compounds can regulate biological rhythms.
This carefully controlled study clearly shows, for the first time, that the potential for chemical communication involving sexual function has been preserved in humans during evolution. Moreover, humans respond to body-odour signals in a neuroendocrinological manner that is similar to (and, in fact, was predicted from) animal models. However, we still do not have evidence that humans actually do communicate by pheromones in modern society. To test this, we could examine whether a phenomenon such as menstrual synchrony exists in women with no sense of smell. Or we could prevent a social odour from acting in a natural social human situation, and assess the result. Elimination of the phenomenon in such a study would support chemical communication. But a negative result would still not exclude the possibility that pheromones are one of the many modes of human communication. The finding that humans can communicate by pheromones(1) is, nevertheless, ground-breaking and opens many possibilities for future study and application. The active components of body odours (when clearly identified) could be used as natural, alternative ways to control the time of ovulation ; for example, as an aid in contraception. Furthermore, as implied by the authors, we may yet discover that other aspects of our behaviour and physiology are affect by cover olfactory messages from other people during social interactions. Because odours have well-known influences on emotions, perhaps human pheromones complement other sources on interpersonal information. This may result in feelings such as emotional contagion(14) (experiencing another person's feelings), sympathy, empathy and their accompanying physiological reactions.
Aron Weller is in the Department of Psychology, Bar-Ilan University, Ramat-Gan 52900, Israel. e-mail: weller@popeye.cc.biu.ac.il
1. Stern, K. & McClintock, M. K. Nature 392, 177-179 (1998).
2. Karlson. P. & Luscher, M. Nature 183, 55-56 (1959).
3. Bartoshuk. L M. & Beauchamp. G. K. Annu. Rev. Psychol. 45. 419-449 (1994).
4. Monti-Bloch. L, Jennings-White. C, Dolberg. D. S. & Berliner. D. L Psychoneuroendocrinology 19, 673-686 (1994).
5. Berliner. D. L, Monti-Bloch. L. Jennings-White, C & Diaz-Sanchez, V. J. Steroid Biochem. Mol. Biol. 58, 259-265 (1996).
6. Schaal. B. & Porter, R. H. in Advances in the Study of Behavior 20 (eds Slater, P.). B., Rosenblatt, J. S. Beer. C & Milinski. M.) 135-199 (Academic, New York, 1991).
7. Spielman, A. L. Zeng. X.-N.. Leyden. J. J. & Preti, G. Experientia 51,40-47 (1995).
8. Scaal. B. et al. Reprod. Nutr. Dev. 20, 843-858 (1980).
9. McClintock, M. K. Nature 229, 244-245 (1971).
10. Wellet. L. & Weiler, A. Neurosci. Biobehav. Rev. 17, 427-439 (1993).
11. Wellet. A. & Weiler. L. J. Comp. Psychol. 111, 143-151 (1997).
12. McClintock, M. K. in Pheromones and Reproduction in Mammals (ed. Vandenbergh, J. G.) 113-149 (Academic, New York, 1983).
13. Schank, J. & McClintock, M. K. J. Theor. Biol.157, 317-362 (1992).
14. Hatfield, E., Cacioppo, J. T. & Rapson, R. L. Rev. Pers. Soc. Psychol. 14, 151-177 (1992).
Pour un rappel des bases en gynécologie :
http://www.aly-abbara.com/livre_gyn_obs/accueil.html
et cette fiche sur le cycle ovarien :
Le cycle menstruel correspond à l'intervalle compris entre le premier jour des règles et le premier jour des règles suivantes. Le cycle dure en moyenne 28 jours, mais cette durée est variable (selon les individus et selon les pays).
Les règles témoignent du fait que la fécondation, c'est-à-dire la rencontre entre ovule et spermatozoïde n'a pas eu lieu. La muqueuse utérine, la paroi interne qui recouvre l'utérus, qui s'était développée pour recevoir un éventuel embryon, n'ayant pas reçu l'uf en vue de la nidation qu'elle préparait se décolle. Les règles sont donc constituées à la fois des fragments de cette muqueuse et de sang.
Contrairement à ce que l'on pense parfois, les règles ne jouent aucun rôle dans l'élimination des toxines, et leur réduction ou leur interruption ne serait d'ailleurs pas nuisible pour l'organisme. Elles apportent (normalement) le témoignage d'un événement survenu deux semaines auparavant : l'ovulation.
(Les règles durent en moyenne 3 à 5 jours. Cette durée est variable.)
Pour un cycle de 28 jours, le cycle se divise en deux phases de 14 jours, séparées par l'ovulation ou "ponte ovulaire". Ces deux phases sont la phase dite folliculaire (avant l'ovulation) et la phase lutéale (après l'ovulation).
Du 1er au 13e jour : la phase folliculaire ou pré-ovulatoire
Dans les jours qui suivent les règles, la muqueuse se régénère et commence à épaissir. C'est grâce à la sécrétion des estrogènes que cette prolifération peut avoir lieu. Ces estrogènes vont aussi induire la sécrétion d'un mucus au niveau du canal du col de l'utérus dont la fonction est de favoriser la progression des spermatozoïdes.
Le 13e jour, les estrogènes sont sécrétés en une quantité subitement accrue, ce qui va provoquer l'ovulation et la seconde phase du cycle.
Au cours de cette première phase du cycle, se développe dans les ovaires une structure appelée follicule (d'où le nom de "phase folliculaire") contenant l'ovocyte. Celui-ci va devenir mature à la fin de la phase folliculaire, il est alors prêt à être pondu hors des ovaires, puis capté par le pavillon de la trompe de l'utérus où aura peut-être lieu la fécondation par le spermatozoïde éventuellement présent.
L'ovulation, ou "ponte ovulaire", survient environ 12 à 14 jours avant le début des règles suivantes. Elle correspond à la libération dans la trompe d'un ovule, qui a mûri dans l'ovaire.
Cette libération se fait grâce à la sécrétion d'hormones libérées par l'hypothalamus et l'hypophyse. Ce pic hormonal a lui-même été induit par le flux massif d'estrogènes.
Ce moment du cycle peut être repéré par la variation de température. En effet, durant toute la phase pré-ovulatoire, la température va ensuite augmenter sous influence hormonale. Il sera alors possible de connaître le jour de l'ovulation, puisque celui-ci correspond au point le plus bas qui précède la montée thermique suivante.

Du 15e au 27e jour : la phase lutéale ou post-ovulatoire
Cette phase commence immédiatement après la ponte ovulaire. Elle doit son nom à la transformation du follicule qui a libéré l'ovule lors de la ponte en "corps jaune" (luteus : jaune).
A la différence de la phase folliculaire, dont la durée peut varier selon la longueur du cycle, la phase lutéale est fixe, dans les conditions physiologiques normales, et ne peut excéder 14 jours. La muqueuse qui tapisse l'utérus se charge de substances nourricières et des vaisseaux sanguins s'y développent. Elle change d'aspect et se festonne. Ces modifications sont liées à la sécrétion de progestérone.
Pendant cette phase, la température du corps s'élève de 3 à 5 dixièmes de degrés par rapport à la phase folliculaire, et se maintient en plateau pour chuter (s'il n 'y a pas eu fécondation) juste avant la survenue des règles.
Regulation of ovulation by human pheromones
Kathleen Stern & Martha K. McClintock
Department of Psychology, The University of Chicago,
5730 Woodlawn Ave, Chicago, Illinois 60637, USA
Pheromones are airborne chemical signals that are released by an individual into the environment and which affect the physiology or behaviour of other members of the same species(1). The idea that humans produce pheromones has excited the imagination of scientists and the public, leading to widespread claims for their existence, which, however, has remained unproven. Here we investigate whether humans produce compounds that regulate a specific neuroendocrine mechanism in other people without being consciously detected |