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Le site comprend des dossiers (300 pages web indexées ; plus de 3.000 fichiers), deux diaporamas, un film (443.5MB ! mais aussi une version allégée...)
(consultation par l'intranet ou le haut débit conseillée)
La page d'accueil de chacune des quatre rubriques du site :
– Éléments d'anthropologie du droit
– Éléments d'ethnographie malgache
– Éléments d'ethnographie réunionnaise
– Éléments d'ethnographie indienne
présente les titres des sujets abordés.
L'ensemble représente l'équivalent de plusieurs milliers de pages typographiées.
Des hyperliens* mettent en connexion les textes, les images et les sons qui composent le site.
(Ils manifestent l'unité épistémologique des dossiers présentés et permettent d'obvier, pour partie, au caractère fragmentaire de la page-écran et à l'abord distrait de la navigation.)


dimensions-superieures.webnode.fr

* hyperlien :
- Le terme hyper exprime les limites de la perception. En mathématiques, ce mot désigne ce qui ne peut être vu en trois dimensions (l'hypercube possède ainsi quatre dimensions : l'hypercube est au cube ce que le cube est au carré). L'écran d'ordinateur, qui permet de visualiser et de faire défiler le texte ou l'image met en scène deux dimensions. Les hyperliens peuvent, pour partie et spécifiquement, être mis en perspective par la troisième dimension, mais ce qui caractérise l'objet virtuel réalisé à l'aide d'hyperliens, c'est son invisibilité et sa nature aléatoire : on ne peut le saisir dans sa globalité et sa réalisation donne la main à l'utilisateur. L'écran, comme la page du livre, est bien là – la capture d'écran peut être imprimée – mais le réseau des hyperliens ne peut être imprimé en même temps que les fichiers qu'il met en connexion. S'il est, certes, impossible d'embrasser la lecture d'un livre d'un seul coup d'œil, au moins la matérialité de l'objet-livre en démontre-t-elle l'unité et en visualise le propos. L'hyperlien, lui, défie la perception. Quand le volume (volumen vient de volvere : rouler) qu'on roule ou déroule horizontalement, le codex (le livre) qu'on feuillette, le rotulus (le rôle – qui donne : enrôlement, contrôleur...) qu'on roule ou déroule verticalement matérialisent une inscription, l'hyperlien définit un monde virtuel qui met l'utilisateur au centre d'un réseau immatériel. Grâce au “clic”, ce dispositif de pointage, de sélection et d'activation de l'hyperlien, l'utilisateur déplace le centre et parcourt les hyperfichiers au gré de son intérêt.

- La consolation de l'écrit sur papier (ou sur papyrus), telle que le poète latin Marcus Valerius Martialis la représente avec une ironie d'un mordant désabusé (quid dentem dente juvabit rodere ?), c'est l'utilisation seconde du support : Ne toga cordylis et paenula desit oliuis / aut inopem metuat sordida blatta famem / perdite Niliacas, Musae, mea damna, papyros (XIII, 1) [c'est-à-dire, en tropicalisant quelque peu les références : “Pour servir de toge aux bichiques (malgache bichika : alevins de cabot bouche ronde, gobiidae), de cornet aux jujubes (Ziziphus jujuba), de pitance au répugnant cafard (Blatta orientalis L.), Muse, abandonne ces papyrus qui sont la cause de mes tourments.”] Mais que demander aux Muses quand tout est virtuel – et que seule est réelle, en l'espèce, la pollution de matériaux non recyclables (le plomb, l'arsenic, le cadmium, le mercure, le lithium, l'aluminium...) qui entrent dans la composition des ordinateurs ? Le torrent de la bande passante du web, davantage encore que le "monument de l'illisible", avec son flot incontrôlé de milliards de pages HTML, offre à qui s'y confie l'improbable opportunité d'une rencontre, aléatoire (quand on tombe sur une page par hasard) et casuelle (quand on navigue à sa guise sur cette page). L'auteur a autant de chances de trouver son lecteur idéal dans ce chaos que la tortue du proverbe, qui remonte à la surface de l'océan une fois tous les cent ans, de passer la tête dans l'œil de la planche de pin qui dérive sur les flots. On peut considérer, à la manière désabusée de Martial, que l'absence de visibilité propre à l'hyperlien (mais son accessibilité universelle), l'imperfection du signal électronique (mais sa transmission quasi instantanée), la volatilité des pages HTML (corollaire de leur gratuité), l'absence de toute évaluation des opinions qui s'expriment sur l'internet (qui signifie qu'elles se valent toutes)..., ces propriétés ambigües du virtuel et de l'immatériel résument le caractère caduc et incertain de la recherche en sciences humaines, à l'écoute de la diversité du monde mais fatalement partiale et partielle, nécessaire mais explétive, anonyme et idiotique, emportée dans le flot commun. Le medium administre, conditionne et donne son titre au message. Il ne manquait rien au monde quand tu n'y étais pas. Il n'y manquera rien quand tu n'y seras plus. (Omar Khayyam, Rubaïyat, 75) Loin de démotiver, ce rappel à la juste échelle, n'oblige-t-il pas ?

- Avec cette conscience de la relativité et de l'impermanence, s'exprime la question de la diffusion de la recherche à laquelle l'internet donne, à sa manière, une réponse. La crise de l'édition en sciences humaines n'est pas seulement due à l'arrivée – déjà – d'une nouvelle technique de reproduction et de diffusion qui déclasse, non pas le livre, mais la rentabilité de son édition, à ce que l'on a dénommé le "photocopillage". Elle tient dans la rencontre, qui a toujours été sujette à question, d'une activité "gratuite", celle de la recherche, et d'une activité commerciale, celle de l'édition. Le champ des sciences humaines est aujourd'hui majoritairement couvert par des publications qui visent le public des étudiants (manuels, dictionnaires, "annales" et "corrigés" pour l'essentiel) et, pour une part de plus en plus réduite, par des publications spécialisées, assurées par des marques assises sur l'édition littéraire. Pour remédier à cette crise du marché, deux réponses. La première, qu'on pourrait caractériser par la "stratégie de la Valise en carton", consiste à tenir la plume à des personnages déjà publics, notables ou people, et (éventuellement) à entraîner dans le fil de ces succès commerciaux des auteurs plus "pointus" et moins "porteurs", ce que la politique commerciale en cause appelle "prendre des risques". Ce souci de la diffusion est bien entendu constitutif du métier d'éditeur. C'était la recommandation de Raymond Queneau à un auteur éconduit : "Faites vous connaître, on vous publiera". La seconde réponse consiste à démarcher les universités en leur proposant, à leurs frais mais pour un coût raisonnable (et pour cause), un contrat d'édition type, duplicable à l'infini pour autant que le financement public des budgets de recherche y pourvoie, qui assure la publication des travaux de leurs enseignants-chercheurs. L'amour-propre du chercheur et sa reconnaissance professionnelle étant conditionnés par la publication de ses travaux – publish or perish, paraître ou disparaître – cette recette d'auto-publication (je vous édite à vos frais), qui est tout bénéfice pour l'éditeur, a permis de constituer, en quelques années, des catalogues défiant quantitativement toute comparaison et la plupart des marques, à des degrés divers, y ont aujourd'hui recours. Mais son succès est évidemment inversement proportionnel à sa crédibilité scientifique. Certaine jaquette d'éditeur est ainsi devenue un stigmate. Lorsqu'un candidat se présente au recrutement universitaire avec ce type de publication en guise de caution scientifique, il signifie en réalité à son jury qu'il n'a pas trouvé d'éditeur. Pour redorer la casaque sous laquelle il fait courir ses auteurs, l'éditeur a alors recours au procédé visé plus haut : il publie, à son compte cette fois, des travaux spécialisés ou des auteurs courants qui signifient et son désintéressement matériel et son amour du métier... Tout ceci n'a évidemment qu'un temps. Ce service, où le métier d'éditeur se réduit à celui d'imprimeur (l'éditeur demande aujourd'hui à l'auteur de lui fournir le "prêt à clicher" qu'il transmettra à l'imprimeur sous-traitant) peut être rendu par l'internet. Quasi gratuitement. Et pour le cyberauteur – les outils de l'auto-édition étant à la portée de tous – et pour le lecteur.

-Il reste bien entendu la question de la lisibilité (qui spécifiait l'activité propre de l'éditeur)... Dans un documentaire d'Alain Resnais sur la Bibliothèque Nationale (Toute la mémoire du monde, 1956), l'académicien Paul Valéry (cité) contemple avec une distance désabusée cette accumulation de livres rangés sur les rayons, "le dos tourné à la vie", qui "exhaussent le monument de l'illisible". L'illisibilité n'est pas une invention du flot électronique. Elle est la contre-partie obligée de la liberté de penser et de la liberté d'écrire quand celles-ci ne coûtent rien. L'internet ne multiplie pas la médiocrité, il démultiplie seulement sa capacité d'épanchement. La technologie utilisée par les sites marchands au slogan du type Broadcast Yourself !... (Myspace, Facebook, Youtube...) entretient sans doute une complaisance où l'amour de soi tient lieu d'invention (des "millions de singes derrière leur clavier alimentant une jungle de médiocrité" écrit un critique). Mais elle permet aussi d'échapper aux filtres de la reproduction. Ce qui suffit à la légitimer. "Les idées, par essence et par destination, sont de libre parcours". L'internet permet peut-être de répondre à la fois aux contraintes exocrines de la recherche, le partage et mise en communication, et de satisfaire à son activité sui generis, gratuite, imprévisible, libre, dont la curiosité – cette disposition juvénile – avec le plaisir endocrine qui lui est associé, est le principal répondant.



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